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Inside Llewyn Davis

Si vous aimez la musique folk, les histoires d’artistes saugrenues et les années d’après guerre cet article est fait pour vous ! En effet, nous allons traiter d’un film récemment sorti, j’ai nommé Inside Llewyn Davis

Nous traitons ici d’un artiste fictif s’appelant Llewyn Davis, joué par l’excellent Oscar Isaac. Ce looser (ouioui, avec un double o) squatte les canapés de ses amis, de son ex, ainsi que l’habitat de ceux qui apprécient sa musique. Pour survivre, il joue ses quelques titres dans le bien connu Greenwich Village à New York et enregistre à l’occasion en studio en tant que guitariste.
Bref, ce film nous mène à l’épopée d’un artiste tenant à se faire connaître malgré le contexte socio économique difficile… En voici un petit aperçu en image

Plus que l’histoire même (qui ne peut qu’émouvoir tout spectateur de bon film musical), c’est un voyage également musical dans lequel les frères Cohen nous emmènent, celui du monde folk. La bande son est en effet hallucinante et variée.

Nous commencerons par le morceau sur lequel Oscar Isaac joue avec le bien connu Marcus Mumford (des Mumford & Sons), reprise de Dink’s Song de Bob Dylan (son esprit révolté est présent à travers tout le film). Bien que fort mélancolique, on peut s’imaginer facilement le retour des champs de batailles européens d’antan…

Pour continuer cette B.O riche en émotions nous avons choisis la sympathique (et bien plus joyeuse) reprise de Mickey Woods qui est une chant de contestation de guerre que l’on voit Oscar Isaac enregistrer « à l’ancienne » en studio en compagnie de deux musiciens/chanteurs. Vous trouverez ci-bas  un extrait la version originale (moins Rock ‘n Roll que celle du film).

Notons ensuite la présence de Justin Timberlake sur le titre 500 miles. Originalement chanté par Peter, Paul & Mary cette chanson s’avère une des scènes les plus emblématiques du film. En effet, elle reflète à merveille l’ambiance des clubs folk d’autrefois, sombres et rustiques tout en respirant la mélancolie…

Terminons en beauté avec la chanson de fin de film. Emblématique, c’est cette dernière qui rendra au film tout son coté réaliste. En effet, lors de sa dernière représentation dans « son club, Llewyn Davis précède un jeune homme au cheveux crépus portant un chapeau et jouant de l’harmonica. Llewyn ne tarde pas à critiquer ce jeune homme « prétentieux qui ne raconte absolument rien » et « qui n’ a l’air de rien avec sa clope au bec ». Cet aire est pourtant un des plus connus du film. Il s’agit de la crème de la crème, j’ai nommé Farewell

Pour ne pas vous dévoiler toute l’intrigue du film, nous nous en arrêterons là pour ce qui est de la bande son. Nous ne pouvons que vous conseiller d’aller voir le film le plus rapidement possible et d’en apprécier l’essence : La musique pour l’image ou l’image pour la musique ?

The Lord of the Rings : The Fellowship of the Ring

L’adaptation filmique de l’oeuvre monumentale écrite entre 1937 et 1948 par J.R.R. Tolkien (1892-1973) est, sans doute, l’entreprise cinématographique la plus titanesque de ces 30 dernières années (ce qui constitue, probablement, un euphémisme vulgaire). Son principal architecte : Peter Jackson (1961); un fan de la première heure ayant toujours pensé que la trilogie ferait un superbe récit visuel et qui, avec panache,  décide, à la fin des années 90, de s’en charger lui-même. Il écrit, pour ce faire,  un scénario compressé de 90 pages afin de résumer l’essentiel de ces livres totalement inadaptables avec sa compagne, Fran Walsh. Après de nombreux échecs auprès de plusieurs maisons de production, l’argent pour trois films est mis sur la table par New Line Cinema. Le couple de scénaristes engage une troisième personne pour réorganiser et restructurer le scripte, une autre érudite de la Terre du Milieu, Philipa Boyens. Cette collaboration fut un travail de réécriture au quotidien, de perpétuels changements influencés par les autres équipes de tournage et surtout par les acteurs; refaçonnant au jour le jour la conception des scènes pour une adaptation fidèle dans l’esprit, naturelle et vraie à l’écran. De là est née une énorme communauté d’artistes en tous genres qui, par leurs efforts et leur enthousiasme, on donné vie au projet. Le succès fut immédiat, planétaire. Des milliards d’entrées dans les cinémas du monde entier, une pluie interminable de récompenses dont 17 oscars, 11 pour le dernier opus égalant le seuil record établi par Ben-Hur (1959) et Titanic (1997). Et la musique dans tout cela ? Quelle est son implication dans la réussite du produit final ? Bien-sûr, comme tous les grands soundtracks, celui du Seigneur des Anneaux agit comme une métonymie sonore de l’ensemble. Bien-sûr, parmi les 17 oscars obtenus par ces films, on en dénombre 3 pour le compositeur Howard Shore (1946). Alors comment ça marche ? En capturant l’essence de l’oeuvre, avec la collaboration de musiciens talentueux, avec un amour du matériel de base, avec de l’audace et du travail, du travail et encore du travail pour trouver le bon accord, dénicher la bonne mélodie et transformer une bande originale en véritable icône, en oeuvre dépassant son statut de support. C’est à vouloir faire au mieux, c’est dans la recherche honnête de perfection que se trouve la clef de voûte de ces films et de leur musique, l’un des ingrédients majeurs d’une recette folle au goût simplement unique. Alors, évidemment, mon travail ne s’arrête pas là. Faire éloge c’est très (trop) facile quand on apprécie quelque chose. Trouver des arguements est une autre paire de manches. Mais ce n’est pas tant vous convaincre de la perfection d’un tel chef-d’oeuvre qui me préoccupe. Je veux, d’abord et avant tout, vous faire comprendre le mécanisme derrière la beauté. Autrement dit, vous donner les outils, les pourquois de ce qu’on entend. Pas d’obligation contractuelle d’aimer ce que j’aime. Le simple fait que vous lisiez me suffit. Notons que si les 3 films ont été tournés en une seule fois, la musique pour chaque opus procède d’une recherche artistique, certes inscrite dans une continuité relative, mais différente malgré tout (un épisode à la fois encore modifié a posteriori). Donc, je vais m’employer à détailler le soundtrack de chaque partie dans sa version longue, pas seulement les grands thèmes mais bien toutes les ambiances jusqu’à la moindre chanson; cela représente une dizaine d’heures de musique à analyser par documentation (principalement le visionnage d’interviews) et par écoutes successives avant une synthèse que j’espère la plus juste et la plus agréable à lire possible.
On se lance ? La Communauté de l’Anneau établit les personnages, les fils rouges de l’histoire et, du point de vue cinématographique (plus particulièrement sonore dans notre cas) une ambiance, un ton général qui définit la signature de la trilogie. Il fallait créer une partition gigantesque pour donner vie au monde de Tolkien, en constituer un miroir musical; Howard Shore a d’ailleurs souvent lu des passages du livre avant de composer ou même avant d’enregistrer avec l’orchestre. En plus de souligner les émotions à l’écran et de signer musicalement les divers personnages, le principal défi pour ce 1er film était de faire comprendre les nombreuses cultures de cet univers complexe sans trop d’explications; donner de l’information par les thèmes (certaines chansons et poèmes issus du livre ont été transposés pour plus d’authenticité directe). Les langues et les dialectes imaginés par l’auteur, un linguiste averti, furent employés en continu par Shore, offrant une texture supplémentaire au coeur de chaque mélodie. La version cinéma terminée, le compositeur écrivit par la suite une bonne demi-heure supplémentaire pour la version longue qui donne une cohérence opératique à l’ensemble. Le prologue installe en premier lieu, brièvement, la texture musicale de la Lothlorien (peuplée par les elfes de l’Est) avant d’introduire deux thèmes concernant l’anneau de pouvoir, objet symbolisant le mal et personnage à part entière dans la trilogie qui a donc plusieurs voix et, de fait, plusieurs traces, diverses expressions musicales selon qu’on s’attarde sur son côté pervers, sur sa beauté mystique, sur sa puissance, etc. On entend déjà quelques évocations des Nazgûls (9 spectres poursuivant Frodon sans relâche) et du Gondor et même de Gollum qui seront développées par le suite. Howard Shore emploie une technique “inventée” par Wagner (1813-1883) qu’on appelle un Leitmotif, de courts segments en plusieurs notes – ou une petite mélodie – représentant une image particulière et souvent combinés entre eux au début d’une oeuvre importante. On entre ensuite dans le monde des Hobbits avec une série de jolis thèmes (y compris deux chansons, l’une d’entre elles est bissée) qui parlent de la nature, du voyage, de nourriture ou de boisson avec simplicité dans une orientation folk, rurale et celtique (d’où l’utilisation intense des bois et d’instruments “ethniques” comme le violon irlandais) afin de décrire au mieux cette paix idyllique régnant sur la Comté. Une gradation progressivement sombre accompagne ces mélodies, on en découvre de plus nostalgiques aussi. En s’approchant de la première demi-heure, on est certain que la tonalité a bien basculé pour quelque chose d’angoissant, les enjeux se font sentir, on met en place le danger qui gronde à l’abri des regards, caché au Mordor derrière un rideau de montagnes; cela est marqué par des cordes frissonnantes, des voix, les percussions et les cuivres sont utilisés à chaque seconde ou presque. Après 38 minutes et 33 secondes, l’hymne de la Communauté fait sa première apparition complète, ce thème sera présent et modifié sans cesse à travers tous les films; il est suivi par un poème elfique chanté avec peu d’accompagnements et fait de vocalises complexes. Thème plus épique et apparition des nouveaux motifs, ceux d’Isengard et du maître des lieux, Saruman, un magicien corrompu par Sauron (l’ennemi suprême); ces mélodies seront presque toujours accompagnées d’un rythme en 5/4, donnant une forme “incomplète” qui représente l’industrialisation. On note une accélération significative des enchaînements et une dégradation de l’ambiance quasi permanente vers le suspens et le glauque (avec cette unité dynamique et musicale continuellement maintenue). L’histoire avance et se déploie musicalement comme une carte de plus en plus grande, l’échelle du récit est croissante et le soundtrack suit le même chemin. Une chanson elfique murmurée par Aragorn et c’est le retour de la peur glaçante, le retour au militaire (malgré une petite mélodie éthérée magnifique) avant l’introduction sonore d’Arwen (un interlude à voix rempli de lumière). Peu à peu on culmine vers la conclusion incroyable de la première partie du film avec l’arrivée des Hobbits à Fondcombe (où résident les elfes de l’Ouest). Cette partie plus relaxante et plus contemplative de l’oeuvre voit l’utilisation de cordes en arpèges délicats soulignés par les choeurs sublimes enrobés de tendresse figurant le peuple elfique et son environnement raffiné (on entendra également la mélodie qui symbolise la relation amoureuse d’Aragorn et Arwen). Mais le mal n’est jamais loin et son évocation – sa présence au sein de l’anneau dont le sort est discuté par les représentants des royaumes libres de la Terre du Milieu – se fait entendre à coups de tambours, trompettes, clairons et trombones. Insistons également sur l’installation plus claire du thème héroïque lié au Gondor avant un retour éblouissant de l’hymne de la Communauté lorsque le groupe d’aventuriers se constitue. Nous sommes à présent à la moitié du film et les 9 personnages principaux vont se mettre en route pour le Mordor afin de détruire l’anneau, un défi risqué au parcours semé d’embûches toujours plus imposantes, un pari fou, suicidaire; on entend les au-revoirs et puis la mélodie principale connue de tous arrive à son paroxysme. A nouveau plus tendue et plus rythmée, la deuxième partie du soundtrack révèle toute la puissance des Leitmotifs : en effet, la structure générale mise en place, les identifications musicales précisées, le spectateur fait correspondre inconsciemment un thème avec une émotion, un lieu, un personnage et ressent mieux les effets de ce qu’il se passe à l’écran mais aussi de ce qui n’est pas montré (ce qui est crucial); de plus, il est plongé dans un émerveillement éclairé, pointu, lorsqu’un nouveau motif apparaît et bouscule sa routine avant de s’imbriquer, de se mélanger à la toile de fond symphonique de l’ensemble. Toute la partie concernant de près ou de loin la Moria (entre 1 heure 40 et 2 heure 05) est un bijou : haletante, angoissée, sombre, lyrique, épique, déchirante, c’est un summum musical qui s’articule avec une justesse ciselée, une science artistique incroyable. Mention spéciale ici à l’utilisation des chœurs masculins (des chanteurs maoris pour la plupart et même des footballeurs pour les effets rythmiques) en harmonie avec des sonorités nordiques pour représenter le monde hostile, majestueux et archaïque des nains et de leur royaume en ruines : frissons garantis. Les combats successifs offrent une cascade de mélodies captivantes qui dure et dure avant le climax ultime du face à face entre Gandalf et le Balrog, une scène culte au son culte. A présent l’histoire a pris une tournure tragique et plus que jamais la quête est synonyme de périples et de mort. Ainsi, l’arrivée du groupe réduit à 8 personnages au cœur de la Lothlorien et ses étendues d’arbres immenses montre un aspect plus ténébreux des elfes. La splendeur est intacte mais se fait plus inquiétante, un surnaturel et une anxiété qu’Howard Shore illustre avec quelques instruments exotiques, soit africains soit orientaux, comme le rhaita et le sarangi en complément de chants éthérés. On est dans une sorte de pause, la profondeur psychologique des héros est mise à l’épreuve; il en ressort une mélancolie éprouvante mais finement amenée en contraste avec des rappels violents du danger qui vrombit à l’extérieur. Ensuite, la Communauté est à nouveau sur le départ, les adieux à Galadriel (vers 2 heures 20) sont magnifiques, tellement bien écrits, contrebalançant la magie énigmatique des elfes avec l’écho du mal et de l’horreur qui attendent les protagonistes au détour du fleuve en sourdine. Le dernier regard vers la Lothlorien nécessiterait un dictionnaire entier de mots doux afin d’en exprimer la grâce absolue correctement. Ce chapitre tourné, on se détourne des sonorités plus intimistes pour mieux revenir aux motifs essentiels et replacer contextuellement le voyage qui va de mal en pis. Le thème de la Communauté, à chaque réapparition, est amoindri, décousu progressivement, une métaphore du récit à l’écran. On arrive alors au dernier acte, à la désintégration du groupe où Boromir est rendu fou par le pouvoir de l’anneau, l’orchestre s’emballe. S’ensuit un nouveau combat, vertigineux lui aussi, une escalade intense qui se conclut avec drame : en un acte de bravoure inouï, le même Boromir tombe mortellement touché par 3 flèches après s’être battu contre d’incalculables ennemis jusqu’au bout de ses forces pour protéger Merry et Pippin. Il succombe à ses blessures dans les bras d’Aragorn. Ce passage musical est, bien entendu, larmoyant mais sans excès et donc très, très efficace. Les 20 dernières minutes réunissent presque tous les motifs principaux dans un final hallucinant; l’émotion est au rendez-vous tant le surplus de thèmes et de mélodies qui s’entrecroisent appuie chaque détail, souligne toutes les intentions, prend littéralement à la gorge un spectateur abasourdi, presque attaqué par la bande originale. Déchaîné, souple, dense, sérieux, triste, féérique, le soundtrack a trouvé ses lettres de noblesse et se transforme en oeuvre indépendante, énorme et significative pour l’univers de la musique tout entier, sans limites ni frontières. Par cette réussite colossale, Howard Shore donne vie à une épopée cinématographique incroyable et, surtout, confirme à quel point l’art est, sans conteste, le plus beau moyen de communication jamais inventé par l’Homme.
A suivre…
!!! Vidéos youtube par film supprimées : l’entièreté du soundtrack de la trilogie dans sa version longue est disponible à la fin du 3e article.

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