Connaissez-vous Jarrett? La plupart des musicologues vous diront qu’il est l’auteur incontesté des plus grands chefs-d’oeuvres improvisés du piano solo. Ce pianiste génial d’aujourd’hui 68 ans (né le 8 mai 1945 -comme si sa naissance eut un peu calmé les choses) me fascine depuis déja quelques années, et me pousse à lui consacrer un papier. Keith Jarrett monopolise le tourne disque de ma chaîne hi-fi…
Keith Jarrett, bien qu’on le définisse très souvent comme un jazzman, est en fait un poil plus que ça… En effet c’est en passant par l’écoute du jazz que l’on découvre Jarrett, mais je le définirais plus volontiers comme pianiste improvisateur de génie, architecte du son, concepteur de climats harmoniques, créateur d’instants d’éternité, et si vous l’écoutez avec un peu d’attention, il se fera très vite le pilote de votre imaginaire, l’agitateur de votre subconscient, et le thérapeute prédestiné de vos mauvaises journées.
La terrain d’action de Jarrett est d’une polyvalence folle ; depuis qu’il est sorti de la Berklee (School of Music), il enchaîne les collaborations avec les plus grands jazzmen de la deuxième partie du siècle : Charlie Haden, Paul Motian, Gary Peacock, Charles Lloyd, Miles Davis, Ornette Coleman, Aldo Romano bref, la liste est longue… Il a aussi à son actif une série très complète d’enregistrements classiques (il interprète à merveille Bach, Schubert, Moussorgsky, Chostakovic, Debussy…).
Mais ce qui m’intéresse vraiment (et c’est peut-être ça qui est le plus facile à écouter au début), c’est sa carrière de piano solo. Par “piano solo” j’entends l’ensemble de ses concerts joués en solo, et surtout totalement improvisés. J’insiste sur la notion d’improvisation, car il est important de comprendre ce que cela implique : imaginez-vous monter sur scène, vous installer au piano sous les applaudissements de milliers de personnes, et au moment où le public se tait, vous ne savez toujours pas ce que vous allez jouer! C’est dans ces conditions de pure spontanéité que depuis le début des années 70, Jarrett a su dévoiler à son public son niveau de lyrisme le plus abouti.
Je recommanderais vivement de commencer par écouter le Köln Concert, pièce maîtresse de la carrière de Jarrett (CD de piano le plus vendu dans le monde!), petit bijou de piano solo qu’il enregistra à Cologne en 1975.
Vautrez-vous confortablement dans votre meilleur fauteuil, et écoutez par exemple la première ou la dernière partie du concert (il y en a quatre), et avec ça, envolez-vous, flirtez avec les harmoniques envoûtantes du registre Jarrettien, bref, rivalisez de félicité avec les Dieux!
Dernière partie, mais aussi la plus connue
Ci-dessous je vous mets aussi d’autres liens:
– Un extrait d’un des “sun bear concerts“, un ensemble de cinq concerts (coffret six CD) qu’il enregistre au Japon en 1976, ici il s’agit du Nagoya, Partie I. (Phénoménal…)
– L’un de ses “standards” qu’il enregistre avec son “Quartet Européen” (Keith Jarret-Jan Garbarek-Palle Danielsson) en 1974 : The Windup. (Le Jarrett excentrique ou déjanté)
– Un autre standard que vous connaissez tous : Over The Rainbow, en solo cette fois ci ; un enregistrement sublime qui fait partie du Tokio Concert de 1984.
– Petit enregistrement volé de l’époque où il jouait avec Miles Davis (il n’est pas nécessaire de préciser que ces deux géants s’étaient drogués…)
– Et enfin une excellente interview de Jarrett où on le voit jouer chez lui, près de New York.



