Psychose
21 Sep 2012

Psychose

Les sons du désordre mental… Le compositeur Robert Schumann

21 Sep 2012

Les sons du désordre mental…

Le compositeur Robert Schumann (1810-1856) a vécu la fin de sa vie harcelé par le délire. L’origine des troubles psychiques dont il faisait l’objet reste débatue à nos jours et le mystère demeure complet. Toujours est-il que ce trouble lui rongea l’esprit si bien que Schumann se laissa dépérir avant de succomber un 23 juillet, victime de ses démons intérieurs. Les symptômes comportaient des hallucinations terrifiantes, des pertes de mémoire et même des crises de violence, d’une façon générale une grande confusion mentale. Ces divers affections se révélèrent quelque temps avant son admission volontaire dans une institution psychiatrique et se percoivent dans ses dernières oeuvres. Notamment celle que nous allons etudier aujourd’hui, la symphonie incomplete woO 29, “Zwickau”. Elle consiste en deux mouvements qui vont nous permettre d’entendre ou de percevoir l’esprit du musicien non pas à travers sa composition mais à l’intérieur d’elle, à la source de son imagerie.

Une phrase bouffie d’inquiétude et brusque imprime une ambiance suffocante et caverneuse au morceau, un hautbois enchaîne avec une légère plainte désespérée qui se perd dans le tumulte mélodique de la suite. L’artiste est seul au milieu de ses visions hurlantes. Dés les premières minutes on vogue en eaux troubles, la construction est chaotique, les instruments s’échangent des bribes musicales dans un tourbillon inconstant, semé de fausses pistes. A plusieurs endroits des groupes se désolidarisent, image prenante d’une âme tourmentée, divisée. Les élans s’enchaînent en cascade sans le moindre répit sur un chemin interminablement pavé d’effroi. La musique se change en une masse difforme avant de s’interrompre avec force.

La deuxième partie débute sur des bases plus noueuses encore, comme un serpent ambigu. Les visions dansent et si le ton est plus enlevé, il conserve une dose d’angoisse qui se transforme ça et là en terreur glaçante. La frénésie s’empare de la ligne mélodique qui court hagarde dans tous les sens. Toujours des dissonances apparaissent, un cor qui résonne brusquement, des thèmes surgissant des cordes, les bois qui s’alarment. Plus on avance plus la symphonie est éprouvante, comme un cauchemar duquel on ne parvient pas à sortir. On s’enfonce dans les abysses horrifiques de la folie, une psychose bouillonnante. Le dernier climax délivre un flot rugissant de peine désordonnée où grouille une épouvante acharnée, une détresse incommensurable. Enfin tout s’arrête, se suspend, se fige dans le malaise…

Il est saisissant de constater comme la connaissance d’un contexte peut illuminer une oeuvre artistique d’une manière totalement nouvelle et surprenante.

Si l’analyse du morceau n’en reste pas moins une interprétation personnelle et contestable, elle confère une dimension spéciale à l’écoute qui selon moi l’enrichit, l’humanise dans sa complexité. J’espère donc vous avoir permis d’appréhender la musique de Schumann dans une démarche singulière, une recherche empathique au plus profond de votre mélomanie.
A bientôt.

 

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