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Oblivion : The Elders Scrolls IV

Vous êtes en prison. L’empereur Uriel Septim débarque dans votre cellule, qui mène à un passage secret pour s’enfuir du château : c’est votre seule chance d’évasion et vous la saisissez. Lors de la cavale, vous assistez, impuissant, à la mort de l’empereur, et vous retrouvez chargé de retrouver son héritier. Le destin vous a amené à devenir le seul à pouvoir empêcher une menace démoniaque provenant d’un monde parallèle d’envahir les provinces de Tamriel…

Voici la vidéo d’introduction du jeu, pour vous plonger directement dans l’ambiance :

Jermey-SouleUne aventure aussi épique que celle d’Oblivion se devait d’être accompagnée d’une bande originale à la hauteur de ses ambitions. Les développeurs de Bethesda ont donc fait appel à un grand nom de la composition des œuvres vidéo-ludiques, j’ai nommé Jeremy Soule. A son actif : la bande originale de plus de 60 jeux vidéo, ainsi que certains films, séries TV et même une symphonie… Les plus “Gamers” d’entre nous auront pu apprécier son travail sur des jeux tels que la série des Guild Wars, Harry Potter, Baldur’s Gate : Dark Alliance ou encore Neverwinter Nights. Mais son travail le plus remarquable reste, selon moi, celui réalisé pour la série The Elder Scrolls, et plus particulièrement sur le quatrième opus de la saga, Oblivion.

Réaliser un bon jeu n’est déjà pas chose simple ; pouvoir en composer la musique l’est encore moins. Réussir à transposer mélodiquement l’atmosphère de paysages ou d’une ambiance générale virtuelle exige une grande inspiration, étant donné que personne ne s’y est aventuré avant que le jeu ne sorte. Ce travail demande donc un laisser-aller, et une dose de patience, pour pouvoir s’imprégner du mieux possible des éléments du jeu qui vont permettre au compositeur d’exprimer musicalement l’âme de l’oeuvre. En quelque sorte, Jeremy Soule a du se plonger dans une conscience mélodique collective pour pouvoir synthétiser ce que chacun pouvait entendre au plus profond de son être en observant les décors prodigieux des contrées de Tamriel…

Pour ce qui est des bandes-son d’Oblivion, il faut tout d’abord se rendre compte que, comme dans la série des Final Fantasy, on pénètre dans des atmosphère tantôt paradisiaques , tantôt infernales. On obtient alors une véritable variation dans les thèmes, dont voici deux exemples :

King And Country, que l’on peut notamment entendre lorsque notre héros voyage entre deux villes, qui inspire l’émerveillement, la sensation de liberté et d’exploration :

Et Tension, qui retentit entre autre dans les grottes sombres et froides où se terrent des monstres sanguinaires :

the_elder_scrolls_iv_oblivion_the_elder_scrolls_iv_oblivion_S6u9ULYZ.sizedTant au point de vue du design qu’au point de vue du scénario, The Elder Scrolls IV : Oblivion a sans doute réussi à faire des jaloux dans le monde du jeu vidéo. Avec une durée de vie quasiment infinie vu la taille de la carte du jeu et le nombre incalculable de quêtes présentes dans celui-ci, qui plus est agrémenté d’une musique fabuleuse, les amateurs d’aventures ne pouvaient qu’être comblés. Mais sa véritable force réside dans le fait que l’on puisse entièrement y créer son propre personnage en choisissant sa race, ses compétences, et même son signe astrologique, qui attribuera certaines caractéristiques à notre héros. Et avec le système de jeu à la première personne, le joueur se retrouve imprégné immédiatement dans l’atmosphère épique que les développeurs ont voulu transmettre, comme le montre le Trailer du jeu :

Si l’envie vous prend de sauver le monde des forces démoniaques en refermant les portes d’Oblivion, et surtout que votre emploi du temps n’est pas trop chargé, alors laissez-vous planer à travers la dimension mélodique proposée par Jeremy Soule. Naître avec un nom pareil était sans doute une prédestination à procurer des frissons aux âmes en quête de sensations fortes…

Psychose

Les sons du désordre mental…

Le compositeur Robert Schumann (1810-1856) a vécu la fin de sa vie harcelé par le délire. L’origine des troubles psychiques dont il faisait l’objet reste débatue à nos jours et le mystère demeure complet. Toujours est-il que ce trouble lui rongea l’esprit si bien que Schumann se laissa dépérir avant de succomber un 23 juillet, victime de ses démons intérieurs. Les symptômes comportaient des hallucinations terrifiantes, des pertes de mémoire et même des crises de violence, d’une façon générale une grande confusion mentale. Ces divers affections se révélèrent quelque temps avant son admission volontaire dans une institution psychiatrique et se percoivent dans ses dernières oeuvres. Notamment celle que nous allons etudier aujourd’hui, la symphonie incomplete woO 29, “Zwickau”. Elle consiste en deux mouvements qui vont nous permettre d’entendre ou de percevoir l’esprit du musicien non pas à travers sa composition mais à l’intérieur d’elle, à la source de son imagerie.

Une phrase bouffie d’inquiétude et brusque imprime une ambiance suffocante et caverneuse au morceau, un hautbois enchaîne avec une légère plainte désespérée qui se perd dans le tumulte mélodique de la suite. L’artiste est seul au milieu de ses visions hurlantes. Dés les premières minutes on vogue en eaux troubles, la construction est chaotique, les instruments s’échangent des bribes musicales dans un tourbillon inconstant, semé de fausses pistes. A plusieurs endroits des groupes se désolidarisent, image prenante d’une âme tourmentée, divisée. Les élans s’enchaînent en cascade sans le moindre répit sur un chemin interminablement pavé d’effroi. La musique se change en une masse difforme avant de s’interrompre avec force.

La deuxième partie débute sur des bases plus noueuses encore, comme un serpent ambigu. Les visions dansent et si le ton est plus enlevé, il conserve une dose d’angoisse qui se transforme ça et là en terreur glaçante. La frénésie s’empare de la ligne mélodique qui court hagarde dans tous les sens. Toujours des dissonances apparaissent, un cor qui résonne brusquement, des thèmes surgissant des cordes, les bois qui s’alarment. Plus on avance plus la symphonie est éprouvante, comme un cauchemar duquel on ne parvient pas à sortir. On s’enfonce dans les abysses horrifiques de la folie, une psychose bouillonnante. Le dernier climax délivre un flot rugissant de peine désordonnée où grouille une épouvante acharnée, une détresse incommensurable. Enfin tout s’arrête, se suspend, se fige dans le malaise…

Il est saisissant de constater comme la connaissance d’un contexte peut illuminer une oeuvre artistique d’une manière totalement nouvelle et surprenante.

Si l’analyse du morceau n’en reste pas moins une interprétation personnelle et contestable, elle confère une dimension spéciale à l’écoute qui selon moi l’enrichit, l’humanise dans sa complexité. J’espère donc vous avoir permis d’appréhender la musique de Schumann dans une démarche singulière, une recherche empathique au plus profond de votre mélomanie.
A bientôt.