Breton, entre îlots industriels et enfermement créateur  (@Botanique, 23.02.14)
28 Fév 2014

Breton, entre îlots industriels et enfermement créateur (@Botanique, 23.02.14)

Deux ans après la perte de leur

28 Fév 2014

Deux ans après la perte de leur “Bretonlabs”, le quintet londonien remonte sur la scène du Botanique (Bruxelles) pour exorciser sa peine. L’album “War Room Stories” marque le début d’une nouvelle ère pour les ex-squatteurs londoniens.

Sud de Londres, quartier d’Elephant and Castle, une banque désaffectée. Derrière les portes de ce bâtiment fantôme, les cinq membres du groupe londonien ont établi leur QG : le « BretonLabs ». Un endroit où, coupés du temps, de la lumière et de la vie réelle, ils s’adonnent à leurs expérimentations, avec en guise de fioles les sons et les images qu’ils produisent frénétiquement. De ce laboratoire de la création naîtra en 2012 « Other People’s Problems ». Un album encensé par le gratin de la presse musicale internationale qui verra rapidement en Breton – comme en une dizaine de groupes avant lui – la nouvelle révélation electro/pop/rock/maths/trip hop/rap/dubstep de l’année.

bretonlabs

Breton Labs – Copyright : http://anhphi.wordpress.com/

Aujourd’hui le Lab n’est plus et à en croire Daniel McIllvenny, bassiste du groupe, le souvenir garde un goût amer : « Ca nous a brisé le cœur quand on a su qu’on devait quitter l’endroit. Notre monde s’est effondré. On y pense encore et on regarde des photos. » Cette nouvelle tragique, Breton l’a reçue il y a deux ans, à l’endroit exact où nous sommes assis, dans cette salle du Botanique.

Deux ans plus tard, c’est l’occasion d’exorciser, rendre un dernier hommage au lieu défunt qui aura façonné l’esthétique du collectif. Tapie dans le noir, pleine d’attentes, je suis du regard les cinq membres du groupe alors qu’ils montent sur scène. Exit les sweat à capuches et autres reliques d’une adolescence révolue, « War Room Stories » a beau porter le nom d’un bunker, il symbolise une renaissance, comme une fine brèche qui laisserait filtrer la lumière et réconcilierait pour de bon Breton avec le monde extérieur.

Pour Daniel, ce second opus est un « vrai album enregistré dans un vrai studio ». Chassés de leur squat londonien depuis reconverti en appartements de luxe façon Haçienda mancunienne, les membres du groupe se sont, malgré quelques appréhensions, réfugiés dans la Funkhaus de Berlin, ancien QG de la radio-télé est-allemande. Nouvel îlot industriel, deuxième paradis intemporel, la Funkhaus laisse le temps à Breton de mûrir son manifeste : un second album, plus cohérent, plus enjoué mais aussi plus adapté à la scène.

Il ne faut pas longtemps à cette affirmation pour se vérifier. « Got Well Soon » ouvre le set. Le morceau et son clip aux accents noirs, aux références aiguisées et aux clins d’œil furtifs – Sun Glitters – avait été lancé en éclaireur quelques mois plus tôt. L’entrée est facile, presque évidente. La chanson ouvre la porte sur un flashback le temps de deux titres, « Pacemaker » et « Edward the Confessor », qui nous ramènent à l’époque où Breton faisait encore ses armes sur des beats plus agressifs et des ambiances à la limite de la claustrophobie. Tout au long du set, les va-et-vient se multiplient entre premier et deuxième album, ponctués par quelques interventions du chanteur toujours avide d’exhiber son parfait accent français à la curiosité du public des non-initiés. Seule ombre au tableau : l’absence totale de titres des EP précédents.

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Dans l’ensemble, Breton offre au public belge un set bien senti où se côtoient rythmes entrainants (« Envy ») et douceur lancinante (« Closed Category »). Les membres du groupe quant à eux ont eu le temps de roder leurs déhanchés frénétiques sur les quatorze premières dates de leur tournée européenne. Un groupe à l’aise qui a délaissé la maladresse des premiers jours au profit des regards complices et d’un jeu de scène plus élaboré, où les musiciens n’hésitent pas à s’échanger les instruments et réadapter leurs titres. Le set (prérappel) se termine sur « Fifteen Minutes » et la surprise de pouvoir découvrir le clip en exclusivité. Une nouvelle signature du collectif de vidéastes prolifique dont la passion pour le cinéma reste malheureusement endiguée par l’écran étriqué sur lequel sont projetées les images.

 

Breton-live

Apothéose du show : le quintet revient sur scène avec le magnifique « S4 ». Cordes oniriques, samples subtils et mélodie hypnotique, « S4 » est sans aucun doute le titre le plus abouti de l’album sur lequel vient se poser la voix obsédante de Roman Rappak qui nous assène des questions aussi angoissantes que révélatrices : « How would I drag myself out from there ? / How would I be in two places at once ? » Emprisonnement, captivité et isolement : c’est derrière des fenêtres barricadées et des portes qui claquent que l’art de Breton se révèle au grand jour, inépuisable, inaliénable.

Une heure trente d’un set qui réconcilie Breton avec la scène même si l’on regrette encore le manque de lâcher prise. Chaos maîtrisé, énergie canalisée, rage domptée, Breton devra encore mettre fin à ces oxymores pour conquérir pleinement un public déjà séduit.

A voir ou à revoir : l’excellent Tracks consacré à Breton sur Arte.

 

 

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