la cathédrale sonore de Panda Bear
10 Mar 2015

la cathédrale sonore de Panda Bear

Un adolescent de 36 ans bidouillant éternellement sa

10 Mar 2015

Un adolescent de 36 ans bidouillant éternellement sa table de mixage est monté sur la scène du Botanique. Vêtu d’un simple t-shirt et d’un jean, le sac à dos en bandoulière, Panda Bear a débarqué le jeudi 5 mars, acclamé par un public enthousiaste, pour faire la présentation de son dernier album, Panda Bear Meets the Grim Reaper,  sorti le 9 janvier dernier.Le musicien, réservé de nature, salue discrètement son audience, se place derrière sa table de mixage et démarre rapidement le concert. Les longs et envoûtants accords de synthés en ouverture détonnent directement par rapport à la première partie de soirée, lors de laquelle Jib Kidder, accompagné de son bassiste et de sa guitariste, se distinguait par un rock psychédélique composé de collages de garage, de progressif et country-rock. Tout en retenant la désagréable habitude de terminer leurs morceaux en plein milieu du couplet, ou celle d’utiliser un rythme de batterie pré-enregistré par ordinateur, cela n’était pas dénué de personnalité ni d’intérêt. Par contre, il est clair que le leader a un certain charisme, du style barré, qui le rend amusant et attirant (faut dire quand même qu’il a réussit à introduire une chanson en demandant à un public interloqué “vous vous êtes jamais dit qu’il y avait beaucoup trop d’oiseaux?”).

11025368_10205955037575792_1565017210_oL’utilisation de rythmes pré-enregistrés comme le kit de samples rythmiques ou les drum breaks, qui constituent la base de l’album de Panda Bear, est beaucoup moins choquante dans le cas de ce dernier, puisqu’il se montre expert dans l’art de piocher dans les trésors que lui procure l’électronique et d’en faire jaillir quelque chose de nouveau et personnel. Loin d’être un vieil adolescent, nous avons ici affaire à un homme installé, du côté de Lisbonne, avec femme et deux enfants. Les chansons témoignent effectivement d’une maturité qui compile les sonorités de ses anciens travaux, tout en les peaufinant dans des structures abouties qui n’étaient pas présentes lors de ses précédents albums. Si sa marque de fabrique reste inchangée, à savoir une musique basée sur une juxtaposition de sons futuristes et d’harmonies psychédéliques, les morceaux jouées jeudi soir sont, à quelques exceptions près, ciselés par un rythme entraînant sorti des beats de hip hop et de r’n’b des années 90.

Il n’est pas question de parler de titres (même si le public répond évidemment avec des applaudissements aux plus marquants de l’album, comme Boys Latin), puisque le concert est composé, comme un concerto, d’une longue suite d’idées qui se rejoignent, entremêlées dans des plis et repris de sonorités hirsutes. Cela se ressent particulièrement entre Come to your senses et Tropic cancer, dans lesquels l’utilisation des oscillations et d’ondoiements créés par synthétiseur constitue une parfaite transition. L’impression qui ressort du concert est celle d’une musique de cathédrale, effet prononcé par les jeux de lumières et par la réverbération qui prolonge magnifiquement dans la salle la voix de Panda Bear. On a le sentiment, depuis la nef centrale, d’effleurer un faisceau de lumière venu se glisser à travers les vitraux de l’église. C’est calme, apaisant, et on est tentés de fermer les yeux pour se laisser emporter par les vagues de sons et d’images mentales nichés dans l’esprit créatif de Noah Lennox (le vrai nom de Panda Bear).  On assiste à une musique intimiste, entraînante à la fois, comme si Panda Bear nous tendait la main pour nous emmener faire un tour dans son antre.

11054662_10205955037695795_651695632_oInutile de dire que la salle était bondée. Si on pouvait encore se faufiler entre les gens en première partie de concert, l’arrivée de Panda Bear a provoqué un attroupement qui a complètement bloqué l’entrée et laissé pantois les malheureux qui s’étaient faits piéger par le bar. Comme des croyants à la messe du dimanche, ça écoutait attentivement la bière à la main les sermons du père Noah tandis que, devant, l’audience se laissait emporter par les ondulations liquides de ses mélodies. A la fin de la représentation, après avoir exécuté Alsatian Darn, Scheherezade et Surfers Hymn lors du traditionnel rappel, Noah Lennox glisse un discret “thank you, hope you enjoyed it”, puis attrape son sac à dos et se faufile dans le backstage. Pressé comme un adolescent timide. Ou un homme qui va rejoindre ses deux enfants.

Setlist du concert:

  1. Boys latin
  2. Jabberwocky
  3. Crosswords
  4. This Side of Paradise
  5. Sequential Circuits
  6. Faces in the Crowd
  7. Come to your Senses
  8. Tropic of Cancer
  9. Selfish gene
  10. Acid Wash

Rappel:

  1. Alsatian Darn
  2. Scheherezade
  3. Surfers Hymn
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