L’arrivée des Subways sur la scène du Botanique le mercredi 11 mars a fait l’effet d’une bombe. Malgré l’absence de leur batteur attitré, les anglais ont produit un show mémorable qui prouve qu’après dix ans de carrière ils gardent toujours cette flamme de l’adolescence qui les a fait connaître.
Impressionnant, ahurissant, hallucinant… Les adjectifs manquent pour qualifier la prestation des trois comparses des Subways. Normalement, il faudrait trouver une ouverture accrocheuse avant de lancer le sujet d’un article, s’effacer derrière celui-ci afin de répondre à un critère d’objectivité journalistique. Mais là, on va faire une exception à la règle, et décider qu’on en a rien à foutre. Pour se donner une certaine légitimité professionnelle, on va appeler ça du journalisme gonzo.
Mercredi soir, la vitalité tonitruante des Subways a réussi à elle seule à casser les codes rédactionnels. Il y a tout eu lors de ce concert. De la bonne musique power pop jouée bien fort, des artistes en osmose avec leur public, des pogos, des cris, le tout dans la bonne ambiance. Chaque personne, le temps d’une soirée, est revenue à la candeur de ses 17 ans. Les Subways ont prouvé qu’ils ont toujours ce grain de folie qui fait tellement plaisir à voir chez un groupe de rock. Ils nous ont rappelé ce qu’était l’esprit du rock des origines, celle de Chuck Berry et de Little Richard, ou encore des Small Faces et des Pretty Things plus tard, à savoir une musique naïve, simple, faite juste pour s’amuser. Les trois membres du groupe appliquent à la règle ce credo. Ils prennent manifestement un pied royal à jouer ensemble, sautent sur les amplis, traversent la salle en courant, s’échangent des blagues. L’entente avec leur nouveau batteur fait par ailleurs plaisir à voir, en l’absence d’un Josh Morgan souffrant du syndrome d’Asperger.
Les chansons présentées mercredi étaient tirées à la fois du dernier album éponyme The Subways, sorti le 9 février dernier, et des classiques du groupe, comme Oh Yeah (chantée par la foule sans même que Billy Lunn le demande) ou Shake! Shake!. Billy Lunn et Charlotte Cooper les ont maltraitées sous des riffs accrocheurs et des mélodies travaillées, bien emmenés par une batterie hystérique qui rappelait les extravagances rythmiques d’un Keith Moon des Who. Ils ont dynamité, avec leur son saturé, une power pop dans laquelle s’immisçait parfois un punk beaucoup plus agressif. Il est vrai que dans le fond, la dernière production des Subways s’inscrit dans la lignée de leurs derniers albums, à savoir, pour être honnête, assez décevants. Les mélodies travaillées d’un Billy Lunn plus assagi devant le micro s’accordent mal avec des power chords saturés, et la progression d’accords manque souvent d’originalité. Mais les voir en concert, c’est autre chose. Après deux heures passées avec eux, on peut franchement dire que les Subways sont un groupe qui tire toute sa quintessence en live: c’était une folie collective faite de sueur, bière, sexe et bousculades adolescentes. .
Il faut dire que Lunn et ses deux acolytes savent chauffer une salle, déjà conquise après la prestation convaincante des Dune Rats, qui jouaient un punk simpliste et enthousiaste. Introduits de façon amusante par la voix enregistrée d’un speaker (“Here come the Subwaaaays!”), les trois musiciens apparaissent en bondissant sur la scène, et commencent avec We don’t need money to have a good time. Petit à petit, les pieds se mettent à taper le rythme de la musique, puis les jambes se libèrent du poids de la journée, et enfin tout le corps s’éveille, les
gens se bousculent, les bières volent. Des pogos s’enchaînent, on se prend le pied d’un homme perdu dans un crowd surfing pendant que, devant, Charlotte Cooper sautille et hoche violemment la tête, comme une poupée désarticulée sous les coups de boutoir de sa basse.
Au moment où le groupe entonne Rock & Roll Queen, un énorme trou béant se crée au milieu de la foule: les gens prennent nerveusement leur élan pour aller s’écraser dans de parfaits inconnus, puis rebondissent encore et encore comme les billes d’un flipper . Lunn, depuis sa position de capitaine de ce joyeux bordel, est ravi. Il lance blague sur blague, déconne avec son public, demande toujours plus de bruit. Une femme beugle son amour pour le guitariste, et celui-ci interrompt sa phrase en plein milieu pour lancer un “I love you too” amusé, avant de partir dans une diatribe sur “how the gods of electricity fuck me” (“comment les dieux de l’électricité…” hmm…). Un autre admirateur s’avance: “Give me five!”. Réponse instantanée de Lunn: “Oh, you want money?”.
Ainsi de suite pendant presque deux heures. Bornés comme des enfants qui s’amusent, les trois britanniques rechignent à partir. Il faut pourtant se résigner à quitter la scène. Lunn se perd en compliments, en “you guys are awesome”, “Bruxelles is the coolest city in Europe”, ou “we love the Botanique”. Mais le groupe ne fera pas de rappel, non. Confronté à l’ampleur de l’ambiance, il décide de rester encore un peu, le temps de trois-quatre chansons ficelées à la va-vite (With you, Oh Yeah, Just like Jude et It’s a party). En véritable show-man, Billy Lunn incite ses sujets à hurler un dernier coup, d’abord ceux du côté gauche, puis ceux du côté droit, puis tout le monde, à intervalles irréguliers. Ce type a gardé l’esprit d’un gamin de dix-sept piges, et ça fait plaisir à voir. C’est avec un grand sourire béat qu’il s’enfonce dans l’obscurité du backstage, alors que l’audience se dirige, sonnée, vers la sortie. Le spectacle est déjà fini, on n’a pas vu le temps passer. “Hope we’ll see you this summer”, disaient-ils avant de partir. Après un tel concert, on les suivrait volontiers jusqu’en Angleterre.
Setlist:
- We don’t need money to have a good time
- I’m in love and it’s burning my soul
- Shake! Shake!
- Good times
- We get around
- Mary
- Alright
- Dirty Muddy paws
- Kiss kiss bang bang
- My heart is pumbing to a brand new beat
- I want to hear what you’ve got to say
- Rock & Roll queen
- Talking all the blame
- Girls and boys
- Celebrity
- With you
- Oh yeah
- Just like Jude
- It’s a party

