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Calle 13, rappeurs-poètes de la rue

Calle 13, au-delà d’un groupe portoricain lancé par les deux demi-frères René Pérez (Residente), Eduardo Cabra (Visitante) et leur soeur Ileana Cabra (PG-13), c’est un rap expérimental complet avec des textes consciencieux et une musique finement travaillée à l’aide de 12 musiciens. C’est un rap engagé, qui dénonce, qui se révolte et qui raconte l’Amérique Latine. C’est des choix d’intervenants pertinents, un vol jusqu’en Roumanie pour collaborer avec un musicien particulier (Vernon Foster), jusqu’à Londres pour la voix d’Assange, et des styles musicaux variant du folk irlandais au rock en un seul album. 

“Soy América Latina, un pueblo sin piernas pero que camina”¹

Vous les connaissez peut-être par la chanson “Latinoamérica” (Feat. Totó La Momposina de Colombie, Susana Baca du Pérou & María Rita du Brésil), récompensée en 2011 par le Latin Grammys de la chanson de l’année (ils ont fait l’évènement lors de cette cérémonie en remportant 19 trophées). En cinq minutes, ils parcourent le continent; ses mers, terres, richesses, océans qui le bordent, faisant des références judicieuses aux combats menés par les peuples Latinoaméricains ainsi que les valeurs qu’ils partagent; “l’opération Condor qui envahit mon nid”, “ce peuple ne se noie pas avec les soulèvements, et s’il s’effondre, je le reconstruis”. (Toutes les paroles)

Très attentifs aux thèmes touchant le continent, leur rap est toujours placé sous le signe de la dénonciation, de la sensibilisation, avec des rimes satyriques sur les problèmes sociaux persistants en Amérique Latine. En 2005, ils diffusent en ligne la chanson “Querido FBI“, 30 heures après le décès du leader révolutionnaire portoricain Filiberto Ojeda Ríos (militant pour un Porto Rico libre, indépendant du joug étatsunien). Condamnée pour des incitations à la violence envers les Etats-Unis, le groupe a du démentir les accusations en expliquant que cette virulence faisait simplement suite à la colère d’avoir appris ce tragique décès. “Aujourd’hui j’ai la main destructrice (..), je vais leur donner une raclée”

Profitant de sa situation d’hôte du MTV Latin America Awards en 2009, Residente a utilisé sa voix comme seule arme pour dénoncer la situation à Porto Rico : des manifestations contre le gouverneur Luis Fortuños qui a coupé des milliers d’emplois du gouvernement. Il a été jusqu’à le traiter de “fils de pute”, engendrant une colère généralisée contre le groupe… Un an plus tard il ne s’en excusait pas pour autant : “Je veux dire la vérité, mais sans minimiser le mérite de ce que je dis”. Les excuses viendront plus tard.

En 2010, Residente chante aux côtés de l’illustre Mercedes Sosa “Hay un niño en la calle“, à propos des conditions de vie des enfants laissés-pour-compte dans la rue. “Quand tombe la nuit je dors réveillé, un oeil ouvert un oeil fermé, pour si les ‘tigres’ me crachent une balle, ma vie est comme un cirque mais sans clown”.

La même année, ils sortent l’album “Entren los que querian(entrent ceux qui veulent). La critique est toujours présente, mais cette fois elle s’attaque au capitalisme et à l’impérialisme occidental. Dans “Calma Pueblo” par exemple, ils dénoncent les multinationales “J’use l’ennemi, personne ne me contrôle, je tire sur les gringos et Coca-Cola me sponsorise, dans le panier de fruits je suis le seul pourri, Adidas ne m’utilise pas, j’utilise Adidas. Ma stratégie est différente, j’entre par la sortie, je m’infiltre dans le système et je l’explose de l’intérieur”. Sur le même album, ils passent d’un ton plus calme dans “Muerte en Hawaii” (meurtre à Hawaii) joué au yukulélé, avec un clin d’oeil à feu le grand écrivain Gabriel Garcia Marquez, au titre “El Bailo de los pobres(la danse des pauvres) qui inclut des éléments musicaux plus bollywoodien et du reggaeton. Dans son sujet, la chanson est comparable à “Uptown Girl” de Billy Joel, dans le sens où elle traiterait des désirs de la classe ouvrière.

Lo bueno de ser pobre al final de la jornada es que nadie nos roba porque no tenemos nada. – (Le bon dans le fait d’être pauvre c’est qu’à la fin de la journée personne ne nous vole parce que l’on n’a rien.)
(Bailo de los pobres – Calle 13) 

“My label isn’t Sony, my label is the people”

En 2014, ils reviennent avec un nouvel album qui signe une sorte de rédemption. “Multi Viral” semble plus réfléchi, plus mûr que les anciens, appelant davantage à la révolte et au soulèvement des peuples du monde entier. Dans “Adentro” (Dedans), ils moquent les rappeurs gangsta (un peu ‘bling bling’) qui se prennent pour des gros trafiquants à la tête dure et parlent avec violence dans leurs paroles. Ils leur donnent une leçon en comparant leur situation à celle de plus pauvres qui, s’ils avaient leurs moyens, se paieraient plutôt une éducation. Residente ne s’épargne pas lui-même dans ce rap “moralisateur”, exprimant son profond regret d’avoir insulté Luis Fortuños ou encore d’avoir flambé ses sous (gagnés grâce à ses albums) dans une Mazeratti “qui ne fonctionne déjà plus, mon crédit est baisé, ils ne veulent même plus me servir un café, alors pour pouvoir faire un nouveau payement mensuel, je préfère y aller à pieds” (paroles de “Andentro”).

Avec cet album, il se libèrent du label Sony et créent leur label indépendant, “El Abismo” (l’abîme). Lors de leur tournée pour leur nouvel album, le principe est de délivrer un code digital permettant l’accès gratuit aux chansons de celui-ci. Ils se disent qu’ensuite ces chansons seront téléchargées, et ainsi continuera le concept “Multiviral”…⁴

(Residente, à propos du nom “El Abismo”) It became the nickname for our house on 13th street. Every time someone left stuff in our house, it was gone or broken when they went back to look for it. Then it became a word that we used in our family because it was so large that anytime we went somewhere something was broken…³

Dans leur titre-phare “Multi viral“, dont le clip a été tourné dans les villes palestiniennes de Bethléem et Beit Sahour, on reconnait la voix d’Assange. Ils ont été jusqu’à l’ambassade de l’Equateur à Londres pour l’enregistrer, faisant appel aux internautes à propos de thèmes divers pour former leur chanson. Ils abordent la manipulation des médias, avec des références à “Occupy Wall Street” et “Yo soy 132”.

Le projet pour Residente, c’est de se détacher du groupe afin d’écrire quelques chansons en anglais. Il veut un projet indépendant de Calle 13 car il craint que la plupart des latinoaméricains ne comprennent pas. Il s’avoue également peu confiant à l’idée d’écrire entièrement en anglais, mais il se rassure : “I’m trying. I’m doing it. And maybe i can do it for this year”².

Julian Assange & Calle 13

Julian Assange & Calle 13

“We live in the world that your propaganda made
But where you think you are strong you are weak
Your lies tell us the truth we will use against you
Your secrecy shows us where we will strike
Your weapons reveal your fear for all to see
From Cairo to Quito a new world is forming
The power of people armed with the truth”
(Voix de Julian Assange, dans “Multiviral”)

 

http://www.lacalle13.com/

¹“Je suis l’Amérique Latine, un peuple sans jambes mais qui marche”
² Source : http://soundcheck.wnyc.org/story/calle-13-residente/
³ Source : http://ravedeaf.com/2014/05/23/calle-13-interview/
⁴ Source : http://www.nytimes.com/2014/02/23/arts/music/calle-13-prepares-new-album-multiviral.html

jagwar@Les nuits du bota-17.05.2014

Après un single et un premier album Howlin, le groupe Jagwar Ma – band tout droit venu d’Australie – s’est imposé comme les nouveaux Foals et tend à devenir la nouvelle sensation du moment outre-Manche. Composé de Jono Ma, de Gabriel Winterfield et de Jack Freeman, ce groupe vit le jour en 2011 et connait déjà un succès grandissant. Ce vendredi 17 Mai, BeatChronic était présent au Bota pour assister au live  du groupe Jagwar Ma, venu mettre à l’épreuve Howlin pour le plus grand bonheur de nos oreilles.

Il est 22h35 et après une journée plutôt mouvementée, je me dirige vers le chapiteau hâtivement, entendant déjà vibrer de loin les premières notes de What Love, me maudissant intérieurement pour ma tendance à toujours être en retard. Me remettant petit à petit de ma course effrénée, je me fraye un passage parmi la foule afin d’être aux premières loges. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je constatai qu’en plus d’être bondé, le chapiteau n’était pas seulement empli de jeunes, mais également de personnes déjà dans la fleur de l’âge, preuve que la musique de Jagwar Ma plait à toutes générations confondues.

M’habituant petit à petit aux sonorités vibrantes des basses, je me concentre enfin sur les 3 artistes sur scène qui s’agitent nous envoyant des sons rythmés jalonnés par la voix de Gabriel Winterfield. Le groupe enchaîne avec la chanson Uncertainty, les premières paroles sont douces et plates nous mettant dans une ambiance mélodramatique avant de monter avec un refrain effréné. Le jeux des lumières et l’ardeur que le chanteur met dans chaque chanson change radicalement chaque chanson de l’album lui donnant un peps insoupçonnable.

Le rythme retombe un peu avec Exercise : on passe à une ambiance psychédélique où le chanteur joue avec son synthé vocal tout en maintenant cette connexion avec la foule. La fin de la chanson me surprit avec ses tonalités mi-orientales mi-tribales, on a vraiment l’impression de changer d’environnement musical en l’espace de 30 secondes.

 

Petite pause pour Jagwar Ma, un fan en profite pour glisser une lettre au guitariste. Gabriel Winterfield prend le micro et lance

Jagwar Ma - Nuits du Bota 17.05.2014

timidement deux trois mots en français et nous annonce la suite avec Let Her Go. Cette chanson a inexorablement eu le pouvoir de réveiller le reste de la foule et les connaisseurs commencent alors à entonner les paroles. Le guitariste se fait plaisir et se lâche complètement bondissant en jouant des sons qui rivalisent avec les basses de la chanson.

“You’re not the man I need, that’s what you said to me” rejoint le registre de la chanson précédente. Quelques fans se tentent à des pas de dance endiablés. Le guitariste suit la cadence à coup d’accord subtils nous plongeant dans un trip pop. On atterrit dans la version édulcorée et indie de Howlin.

Vers la fin du live, Jagwar Ma en vient à jouer Come and save me, le morceau qui fit connaître le groupe.

Les petits comiques nous font alors croire que c’est leur dernière chanson et s’en vont avant de lâcher “It was amazing! We really need to make a second album” avant de revenir après quelques minutes d’interminable doute et nous annonçant la suite et fin avec The Throw. Pure vision de bonheur ce track, une belle façon de finir en beauté un concert. Une track qui envoie tous nos doutes aux oubliettes laissant les coups de synthés emplir nos corps et nous laissant voguer avec la voix du chanteur. Ce fut la cerise sur le gâteau.

En deux mots : ces mecs sont incroyables : ils ont réussi à transformer les chansons sur scène de sorte à leur donner un côté éléctro et dance qui n’est pas sans déplaire. Et je ne remercierai jamais assez la personne qui m’a faite découvrir ce groupe!

Jagwar Ma - Nuits du Bota 17.05.2014. 2

 

 

 

Born To Use Mics

Pour bien vous ambiancer dès le début.

Au mois d’avril 1994, un jeune rappeur noir originaire du Queens (NYC) changeait la face du hip-hop en sortant un des albums les plus acclamés par les critiques de sa carrière, et considéré par beaucoup de rappeurs comme un pilier, si ce n’est un évangile : Illmatic, le premier album de Nas, sortait tout frais tout chaud du Chung King Studios  D&D Recording, Battery Studios, et du Unique Recording Studios, sous le label Columbia Records. Pour souffler la vingtième bougie (Et oui, 1994 c’était déjà il y 20 ans) de la sortie d’un album cité par certain comme les 40 meilleures minutes de l’histoire du hip-hop, un documentaire nommé Time is Illmatic est annoncé durant le courant de l’année 2014 (Il fit l’ouverture du Tribeca Film Festival le 16 avril dernier). Le documentaire retracera la vie du jeune “Nasty” Nas, a.k.a Nastradamus, depuis son rapide décrochage scolaire jusqu’à la sortie d’un album qui allait marquer à jamais l’histoire du rap.

“Supreme ill. It’s as ill as ill gets. That shit is a science of everything ill.”

– Nas, à propos du titre de son premier album.

L’occasion parfaite pour votre humble serviteur de vous replonger dans l’ambiance des quartiers de New-York en 1994, dans les bas-fonds des ghettos du Queens. Sortez vos capuches et bandanas, aujourd’hui on se met en mode East coast rap. Aight !

I don’t know where to start this shit, yo”

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Le début des années 1990 s’annonçait plus que mouvementé pour le monde de la musique. Depuis l’émergence des raves anglaise dans le Berkshire jusqu’à l’explosion du grunge de Seattle en passant par ma naissance, la décennie s’annonçait décidément très prometteuse.

Enfin, sauf pour le rap East coast, qui se prenait à l’époque une rouste de son frère ennemi, le diabolique (mais néanmoins foutrement bon) rap West coast. Il faut dire, avec la sortie du légendaire Straight Outta Compton de la N.W.A en 1988 et de la pépite The Chronic de Dr.Dre sur son label DeathRow Records en 1992, le East coast avait du mal à suivre la cadence. Mais c’était sans compter sur le souffle créatif qui allait déferler sur le mouvement hip-hop de la grosse pomme dans les années à suivre.

“REPRESENT, REPRESENT !”

Un des premiers albums à se démarquer du mouvement rap hardcore de NYC fut Enta da Stage, des Black Moon, sorti en 1993 et dont est issu la petite merveille auditive que je vous ai servie en début d’article. On notera aussi durant cette même année la sortie d’Here Comes The Lords , le premier album des Lords of The Underground . L’année suivante (1994 pour ceux qui ont du mal avec les chiffres) fut un excellent cru pour le hip-hop New Yorkais, voyant venir au monde Ready To Die du regretté Notorious B.I.G, ainsi que Ill Communication des Beastie Boys, et bien-sûr Illmatic, de Nas. L’excellent album The Infamous, du duo Mobb Deep sortit un an après, en 1995. Autant dire que le rap West coast avait retrouvé un adversaire de poids. Le rap East coast comptait bien revendiquer que lui aussi, il savait manier le mic’.

“Nobody’s getting any bigger than this !”

il etait une fois dans le queen

… ou plus précisément dans le quartier de Queensbridge (Pour la petite histoire, Queensbridge est aussi le ter-ter de Havoc de Mobb Deep, de Blaq Poet, et aussi du Roi Heenok. Il faut bien un vilain petit canard…). Violeurs, meurtriers, voleurs, taux de chômage plus qu’élevé et bien-sûr des quantités astronomiques de crack, le quartier n’est pas exactement ce que l’on peut définir comme une charmante petite banlieue. Rongé par ses problèmes sociaux, l’endroit est fui comme la peste par les riches familles blanches, et seules restent les familles défavorisées, majoritairement afro-américaines. Durant la crack era, de 1983 à 1990, le quartier était une des principales places de vente au détail pour les dealers de crack. Ça y est, vous entendez les grondements des rails du métro et l’agitation des accros aux cracks sans-abris sous les arcades du chemin de fer de Long Island City ?

“Queensbridge, that’s where I’m from

The place where stars are born and phony rappers get done”

C’est dans ce sombre contexte qu’un jeune noir de moins de 20 ans, fils d’un musicien de jazz et déscolarisé assez jeune, se fera remarquer dans la scène hip-hop new-yorkaise en 1992 grâce à un couplet qu’il performe sur le morceau Live At The Barbeque du groupe The Main Source. Déjà comparé par certains au digne successeur du très talentueux Eric B. Rakim, il mettra deux ans à enregistrer son premier album, Illmatic, qui verra le jour le 19 avril 1994. 

 

 

 

“Back in 83′ I was an MC sparkin’

But I was too scared to grab the mics in the parks and

Kick my little raps cause I thought niggers wouldn’t understand !”

ilmatic

Très vite, Illmatic se fait encenser par la critique, et pour cause. Produit par plusieurs des plus grands noms de la scène hip-hop U.S (Large Professor de Main Source, Dj Premier de Gang Starr, Q-Tip  de A Tribe Called Quest,  ainsi que L.E.S) et , porteur d’une vision extrêmement réaliste de la vie quotidienne des ghettos, l’album est vite considéré comme un masterpiece. Abordant des sujets d’apparence classique dans le milieu (la religion, le deal, les meurtres, la violence, le bien, le mal, ta mère) d’une manière intelligente et parfois qualifiée de poétique, Nas réussit à expliquer la difficile condition sociale dans laquelle il vit à un large public tout en restant crédible auprès de ses pairs, et met ainsi la barre très haut dès le début de sa carrière (Le saviez-vous ? L’album fut parfois surnommé d’album “maudit”, comme étant le point culminant de la carrière de Nas qu’il n’a jamais réussi à égaler par la suite. Maintenant, vous pouvez vous la péter en soirée avec cette anecdote). Alignant jeux de mots, rythmiques, textes engagés, ainsi  que d’innombrables références au cannabis (Nas “Escobar”  s’est mis un point d’honneur à faire d’ailleurs référence au Buddha, argot américain pour le cannabis, dans chacune des chansons) l’album se place désormais parmi les grands classiques du hip-hop. Un livre est d’ailleurs sorti sur l’album, Born To Use Mic, analysant chaque chanson de l’album.

When my rap generation started, it was about bringing you inside my apartment. It wasn’t about being a rap star; it was about anything other than. I want you to know who I am: what the streets taste like, feel like, smell like. What the cops talk like, walk like, think like. What crackheads do — I wanted you to smell it, feel it. It was important to me that I told the story that way because I thought that it wouldn’t be told if I didn’t tell it. I thought this was a great point in time in the 1990s in [New York City] that needed to be documented and my life needed to be told.”

Pour ceux qui ont séché les cours d’anglais, ça donne approximativement :

“Quand le rap de ma génération a commencé, le but c’était de t’ amener à l’intérieur de mon appartement. Le but n’était pas de devenir une star du rap, c’était quelque chose d’autre. Je veux que tu saches qui je suis, le goût des rues, leurs odeurs, et ce qu’elles te font ressentir. La manière dont les flics parlent, marchent, et pensent. Ce que les accros au crack font – Je voulais que tu le sentes, que tu le ressentes . C’était important pour moi de raconter l’histoire de cette manière parce que je pensais qu’elle n’aurait pas été racontée si je ne l’avais pas fais. J’ai pensé que les années 1990 étaient un moment important [à New York City]qui avait besoin d’être expliqué, et ma vie avait besoin d’être racontée.”

Nas, à propos d’Illmatic.

Un des joyaux du regretté Golden age du hip-hop East coast, qui plus de 20 ans après sa sortie continue toujours de déchaîner les passions. Et ça, it ain’t hard to tell !

“Peace yo, I’m out”

Paul Lafargue

Danny Brown & Vic Mensa @ Botanique : 28/02

Danny Brown

L’incontestable pluie belge nous a ramené des tréfonds de Detroit un homme revendiquant une excentricité hors norme, devenue symbole de son authenticité. Daniel Dewan Sewell aka Danny Brown, est un rappeur au vécu plus que rebondissant. Dès son plus jeune âge, il alterna entre une vie de dealer de came dans les ruelles les plus sombres de la ville fantôme et une vie carcérale. Malgré ce passé dévastateur, une passion florissante pour le “hip-hop” baigna le quotidien de Daniel dès son plus jeune âge. Ce ne sera qu’en 2007 que la conscience de celui-ci reprit le dessus et l’amena à s’investir pleinement dans la pratique de ses lyrical skillz. Ce sera dans ce cadre-là qu’il sortira les 4 mixtapes “Detroit State Of Mind” où l’on peut remarquer la présence de producteurs tels qu’ Apollo Brown, J Dilla, Black Milk, Waajeed, DJ Babu et bien d’autres encore.

In kindergarten I’d say I wanted to be a rapper and people’d just laugh at me. ‘That’s a pretty funny job,’ they’d say.

2010 fut l’année “révélation” pour Danny, l’année où il découvrit sa nouvelle identité vocale (une voix pitchée rendant sa voix bien plus aiguë qu’à son habitude). Ce passage est caractérisé par sa track : “The Hybrid”. Une reconversion totale de rappeur thug addict aux blunts & instrumentales J-Dilla à un rappeur cyborg-addict aux substances chimiques & aux beats grime-electronic. A partir de ce moment-là, son ascension ne se fait plus attendre. Refusé sur le label G-Unit à cause de ses tenues vestimentaires trop “extravagantes” pour l’image du label, il se fait repêcher par le label Fool’s Gold du producteur DJ A-Trak. Dès lors, Danny enchaîne albums (“The Hybrid”, “XXX” et “Old”) et EPs (“The OD EP”, “The Bruiser Brigade” & “Black & Brown”) qui s’ensuivirent d’un succès international affolant.

La marque Carhartt WIP décida alors d’organiser la tournée européenne de Danny Brown afin de promouvoir son dernier album en date: “Old”. Celui-ci se réfère à l’expérimentation musicale à laquelle est sujet Danny Brown tel que sur son morceau “Dubstep”, sans oublier ses bonnes vieilles habitudes de rappeur du Michigan comme on peut le remarquer sur “The Return” avec le rappeur de Chicago Freddie Gibbs. C’est avec grande impatience que l’Orangerie s’apprêtait à nous dévoiler ses invités américains.[soundcloud id=’114413750′ width=’100%’]

Vic Mensa

Le rappeur Vic Mensa fit alors irruption sur scène, tandis que le DJ essayait de chauffer la foule en vain. En effet, les américains n’ont pas l’habitude des publics européens qui ont cette caractéristique d’être moins excités qu’aux USA. C’est à travers des mouvements et gesticulation à tout va que notre jeune talent de Chicago a pu prouver à son public que même un lutin est largement capable d’assurer un show de qualité. En effet, ce rappeur a déjà parcouru un bout de chemin avec son ancien groupe Kids These Days et s’est lancé récemment dans une carrière solo avec une première mixtape gratuite “INNANETAPE” où apparaissent des artistes tels qu’Ab-soul, Thundercat, Jesse Boykins et bien d’autres encore. Il marqua tant bien que mal le public par son énergie débordante, sa manie d’arroser la foule d’eau et ses tatouages: “1993” et “Still Alive”. Mais ce n’est pas tout, mes yeux furent également témoins d’une scène portant une forte connotation symbolique: un fan n’ayant pas supporté l’idée de se faire arroser, a donc riposté en lançant à son tour de la bière sur Vic Mensa. Morale de l’histoire : on n’arrose pas le public belge d’eau minérale mais bien de bière !

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Une tension se fit sentir à l’intérieur de la salle de concert, tout le monde attendait avec impatience l’arrivée du porte-parole de cette nouvelle vague de hip-hop. Dès son arrivée sur scène, le public s’est rapidement plongé dans l’univers tordu de Danny en adoptant la “flexin’ attitude” tout en se bousculant d’un côté comme de l’autre de la salle à travers des pogos. Après quelques tracks, celui-ci énonça d’une voix nasillarde : “Hiiiiiiii, I’m Danny Brown and I’m happy to be here”  suivi d’une intervention portant sur son intention de finir rapidement son show pour profiter de la nightlife bruxelloise. On entendra lors de sa performance des sons tels que “Jealousy”, “Blunt After Blunt” ou encore “25 Bucks”. Hormis le caractère délirant de son show, une petite déception contamina l’assemblée. En effet, le public s’attendit à un rappel de l’artiste qui ne reviendra finalement pas, le concert se termina donc brutalement. C’est avec un goût amer que les fans partirent ce soir-là malgré l’euphorie provoqué par ces courts instants. La suite de cette soirée ne pouvait, selon nous, finir que d’une seule façon…

[soundcloud id=’114413768′ width=’100%’]

Et pour les plus intéressés d’entre vous, voici un documentaire sur la ville de Detroit où Eddie Huang rencontre l’univers dans lequel baigne Danny Brown.

 

Black Milk live with Nat Turner @Vk* (Partie 1/2 : le concert)

Bottles to the good life, no more hood life

—— Black Milk, Bounce

 

Detroit, au Michigan, est une super ville ayant produit des merveilles telles que The Temptations, The Supremes, The Stooges, Funkadelic, Milt Jackson, Slim Gaillard, Aretha Franklin, Yusef Lateef, J Dilla, The White Stripes, Eminem et Karriem Riggins.  Malgré le fait que beaucoup d’entres-elles nous aient quitté depuis longtemps, la ville demeure régulièrement féconde en nouveaux talents, comme nous l’avons vu récemment avec l’émergence de numéros tels que Danny Brown (qui se produira à Bruxelles le 28 Février prochain), Clear Soul Forces, ou la renaissance elle-même avec le troisième (ou est-ce le quatrième ?) retour de Slum Village. Il s’agit également de la ville qui a vu naître Curtis Cross, également connu en tant que Black Milk, il y a de cela trente années. Bien que Motor City puisse traverser tous les déboires imaginables, elle peut se reposer sans crainte sur la capacité de ses artistes à la représenter à travers le monde.

 

Dans son album No Poison, No Paradise, Black Milk se lance encore plus profondément dans l’introspection, comme le présageait sans doute Album of the Year, et comme il le montre avec la chanson d’ouverture Interpret Sabotage qui semble décrire des souvenirs de son enfance dans les rues de Detroit. Ville qui, tout comme l’album, est parsemée de conflits. De pilules bleues et de pilules rouges. D’analogue et de digital. De routes qui peuvent être parcourues pour l’éternité, avant d’être préférées à des meilleures, ou à des pires. La couverture de l’album, sombre, inspirée par le style de George Clinton, est parsemée d’illustrations de parties variées des paroles des chansons, chansons qui sont parfois encore plus sombres que la couverture même. Avec Deion’s House, la seule produite en grande partie par Will Sessions, l’histoire débute et nous rencontrons un jeune glandeur, un peu voyou sur les bords, sans doute pas méchant mais aux habits qui empestent l’herbe et qui se trouve obligé d’attendre chez Déon afin que son ami Sonny — dont les parents, ultra-religieux, tentent de protéger de toutes les influences empoisonnées qui grouillent les rues — sorte de chez lui afin de le rejoindre. La minutie des détails de cette chanson ne peuvent qu’emporter l’auditeur dans le monde des interrogations et du doute quant à la part de réalité et d’inventivité artistique qui prend place dans les mots choisis. Peut-on en effet s’attendre à la même candeur exprimée auparavant dans Distortion (Album of the Year), la chanson qui retraçait les évènements qui avaient eu un impact important sur le rappeur durant l’année 2009 — ou Black Milk se

Le personnage principal de No Poison, No Paradise est donc un gamin du nom de Sonny, dont l’histoire est en grande partie influencée par la vie de Black Milk et, en plus petite partie, par la vie des nombreuses personnes dont le chemin a traversé celui de l’artiste à un moment ou à un autre de son parcours. En tous cas, c’est ce qu’il affirme. L’histoire débute avec la deuxième chanson de l’album et finit avec la dernière. Elle reçoit une fin appropriée avec Poison, une chanson bonus disponible sur iTunes, dont la construction judicieuse des mots permet à l’artiste de lancer une série de clins d’oeil aux divers thèmes abordés par les autres titres de l’album.

Au fur et à mesure que les chansons se succèdent, l’histoire se révèle être un profond rêve dans lequel Sonny voit se succéder des images du passé et du présent, d’erreurs et de succès — des images de sa vie, en somme. Les paroles donnent l’impression d’avoir été façonnées avec un soin particulier, et l’on se rend compte que le rappeur ne rigolait pas lorsqu’il disait travailler quotidiennement sur sa musique jusqu’à pas d’heure. Lorsque c’est au tour de Sonny’s dreams de sortir ses notes, on sent que le producteur reprend la place qui est sienne. Sur cette chanson où apparaissent des gagnants du Grammy tels que Dwele et Robert Glasper Jr., l’auditeur est embarqué dans un voyage empli de subtilités musicales qui le laisseront dans un état second… Jusqu’à ce que Sonny soit forcé de se réveiller et que la chanson, qui regorge de sample de gospel et d’une qualité de sample vocaux à la Black Milk nous rappelle avec sourire les jours de Popular Demand. Des chansons parsemées de soul qui permirent au jeune Curtis de se retrouver dans la proximité de génies de l’acabit de Slum Village et J Dilla. Et c’est alors qu’apparaît une autre touche d’innovation, au moment même où dimanche finit et laisse place à lundi et qu’une nouvelle façon de concevoir le break sur un beat Hip-Hop s’affirme comme une nouvelle arme dans l’arsenal musical du style de Black Milk. Puritan Ave, avec son break qui sample du jazz fusion ne fait que le confirmer : s’il fallait trouver un album qui représente l’avènement de Black Milk, il s’agirait de No Poison, No Paradise. Ceux qui parurent auparavant ne furent que des apéritifs, car le jeune producteur peaufinait encore le type de son qu’il considérerait sien : non pas aussi inspiré par la soul comme sur Popular Demand, ni aussi électronique que sur Tronic, moins conflictuel que sur Synth or Soul, mais bien mieux poli et travaillé qu’auparavant, No Poison est la nouvelle carte de visite de Black Milk.

 

 

 
 
  

Give me the hi-hat groove

—— Black Milk, Try

Black Milk live at VK*, Brussels — 26.11.2013
 
 

black milk

Black Milk s’est assigné comme but de parvenir à produire le type de musique capable d’affecter considérablement les oreilles des personnes qu’elle atteint. De la musique que l’on écouterait au fil des années, que l’on redécouvrirait avec chaque nouvelle décade et que l’on parviendrait, finalement , à apprécier à nouveau. A apprécier différemment. De la musique pure. De là à savoir si le jeune rappeur a atteint son objectif, d’aucuns ne pourront faire autre chose que réfléchir vaguement. Mais personne ne serait capable de renier la maturation de l’homme qui nous a offert Sound of the City, en 2005. Encore davantage après avoir assisté à une de ses performances live, comme il m’en a été donné la chance lors de son dixième arrêt dans son grand tour d’Europe, accompagné de son groupe Nat Turner (dont les membres sont Ab, Malik Hunter et Zeb Horton).

 

Moins d’un mois auparavant, la salle du Vk* avait été honorée par la présence de Madlib, également connu en tant que Lord Quas, le Beat Kondukta ou encore le Bad Kid. Il s’était mis en tête de créer un DJ set de pure magie — et y était parvenu. Mais cela ne m’avait en aucun cas apprêté à l’expérience prestée par Nat Turner, encore une fois. En effet, j’avais déjà eu l’occasion de les voir sur scène avec Black Milk durant un festival, quelque part en Allemagne, il y a quelques années… A ce moment, ils parcouraient l’Europe pour présenter Album of the Year, le pénultième album de Curtis. Déjà en cet instant, j’avais pu sentir les moindres tréfonds de mon âme se remuer et s’agiter au rythme de leurs instruments. Ces souvenirs me berçaient pendant qu’Ab en profitait pour faire irruption sur scène, toujours plongée dans la pénombre, en prenant place face à son clavier Roland X7, rapidement rejoint par Malik Hunter qui prit sa guitare basse encore plus silencieusement que son partenaire tout en regardant Zeb Horton — enfin parvenu à se frayer un chemin à travers son kit de batterie — et le DJ prendre leurs places respectives.

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Aussitôt que les premières notes de la guitare de Malik se hissèrent sur les ondes, la foule, toujours aussi timidement élusive en début de concert, prit place en masse et Black Milk apparut sur la plateforme, juste à temps pour donner au concert le sens qui paraissait lui manquer. Car il s’agissait après tout d’une performance, et que toute performance nécessite un bon conducteur. En effet, sans son apport, lyrique notamment, il aurait été bien ardu de reconnaître les chansons jouées avec l’interprétation de haute volée qu’apposait Nat Turner dès le tout début du concert, illustrée par un Keep going dont seules les paroles le rappelaient aux mémoires.

Ils ne s’arrêtèrent pas là et improvisèrent à nouveau sur Welcome (Gotta go) et Try, chansons phares des albums — respectivement — Album of the Year et Tronic. D’une façon pas si différente que cela d’Oddisee, qui s’est également produit à Bruxelles il y a quelques semaines, Black Milk avec Nat Turner offrit à son public une performance musicale à laquelle on n’assiste que sporadiquement dans l’arène de la musique Hip-Hop, en ce que sur chaque musicien pèse une tâche essentielle dans l’ensemble et que seule ses capacités et virtuosités personnelles lui permettront de hisser l’entièreté du groupe dans des sphères rarement atteintes lors d’un concert live.

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Car avec Black Milk et Nat Turner, il faut aborder les termes “groupe” ou “formation” de la même façon que lorsqu’on les associe à d’autres styles tels que le rock ou le jazz. Effectivement, après avoir assisté à la dynamique qu’ils partagent sur scène, il n’y avait peu de doutes à porter au fait qu’ils se connaissaient et jouaient ensemble depuis la nuit des temps. L’alchimie qu’ils partageaient m’ont fait me demander si l’expérience pouvait ressembler à celle de The Roots live. Cette alchimie était visible et clairement palpable lorsque Zeb Horton se mit à reproduire exactement la succession de sons de batterie qui lui était indiquée par le conducteur, Black Milk, sur une improvisation de Bounce, une autre chanson de Tronic.

Elle l’était également lorsque Black Milk se mit subrepticement à l’arrière de la scène afin de laisser un espace raisonnable pour que Malik Hunter et Ab détruisent le breakbeat comme il se devait. Et non sans surprise, mon corps se mit à la ressentir également, alors qu’il se bougeait à l’unisson de chacun des coups de la batterie de Horton, qui me firent rapidement penser à ceux qu’aurait pu donner un gorille en pareille situation — s’il venait jamais à quelqu’un l’idée d’offrir un kit de batterie à un gorille. La réalisation d’être témoin d’un évènement unique semblait partagée par tous; en tous cas, je choisis de le déduire du sentiment de calme bonheur qui semblait avoir un peu attrapé le public dans son entièreté, y compris cette jeune fille qui n’avait jamais entendu parler de Black Milk auparavant et que j’étais parvenu à emporter pour la route.

Et quelle route ce fut. Je ne pourrais honnêtement estimer le temps que dura le concert, malgré le fait que je m’étais retrouvé à noter frénétiquement les noms de toutes les chansons que je parvenais à reconnaître malgré la myriade de disparités apportée par les ré-interprétations du groupe. Je me souviens toujours des dernières chansons jouées, de Deadly Medley et de Losing Out, de Distortion et de The Matrix. De Ring the Alarm. Il est très probable que je m’en souvienne particulièrement bien en raison du fait qu’il s’était agi de l’encore le plus long auquel il m’ait été donné d’assister. Sans doute le plus jouissif également, auprès d’un public ressuscité. Alors que le show se terminait, mes oreilles bourdonnaient encore pendant que j’engloutissais la dernière bière qui traînait. Mon esprit était toujours perché sur un nuage, sans doute propulsé là-haut par la musique, sans doute ne reviendrait-il pas; je n’en pris cure cela-dit et traînait mes pas à travers un long corridor qui mena à un deuxième long corridor qui me mena lui-même à un petit escalier. Au bout du tunnel, une pièce de taille modeste et, à l’intérieur, probablement à m’attendre : l’artiste.

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Afin de savoir ce qui m’a valu ma présence dans cette loge et le but de celle-ci, rendez-vous ici-même très prochainement !

 
——— version française écrite par Huru pour Beatchronic ; interview réalisée par Beatchronic, Da Bluefunk et Huru.  

 

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