Classical

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Storm and drive

Comment vous présenter un génie sans en faire trop ? Comment vous l’expliquer sans trop de détails techniques ? Il faut, je pense, commencer par le début, c’est à dire par essayer.

Wolfgang Amadeus Mozart (1756 – 1791)  était un prodige de la musique et non des moindres, son nom reste encore aujourd’hui synonyme de perfection et son oeuvre, énorme par le volume, toujours populaire. J’ai donc éprouvé beaucoup de difficultés pour choisir, parmi les innombrables morceaux possibles, celui qui serait le plus intéressant à partager. Mon choix s’est finalement porté sur la symphonie no. 25 en sol mineur, KV. 183 écrite en 1773, le compositeur n’avait alors que 17 ans ! Cette oeuvre reflète une partie moins présente ou en tout cas moins connue dans la musique “mozartienne”, à savoir son côté plus tragique ou angoissant, sa nature prémonitoire du bouleversement musical initié plus tard par un certain Ludwig van Beethoven (1770-1827). En effet, la symphonie s’inscrit à merveille dans un courant artistique pré-romantique de la fin du 18e siècle, le sturm und drang.*

La symphonie s’ouvre sur un thème mélodique célèbre et utilisé dans plusieurs films d’une violence incroyable pour la période; ensuite, au milieu de cette tornade, surgit le son fragile d’un hautbois vibrant avec une nostalgie immense. Le mélange entre ces deux antagonisme est utilisé à merveille pendant tout le premier mouvement qui s’agite frénétiquement, comme une course contre le temps, comme une tempête déferlant sur la bienséance. La fin du mouvement varie encore un peu le thème d’origine en y ajoutant un pathos supplémentaire, prolongeant le suspens, déroutant le spectateur de façon intense et novatrice, spectaculaire. Suit alors, avec un contraste retentissant, la lenteur préoccupée du second mouvement. C’est une mélodie charmante, voluptueuse de simplicité; une petite pluie triste qui s’abat avec lassitude. Un sentiment qui se poursuit avec un peu plus de persistance dans la partie suivante. On y  assiste, malgré quelques couleurs plus gaies dans le chef des bois, à une mise en exergue du spleen baudelairien décrit environ 80 ans plus tard en ces termes : “Ce que je sens, c’est un immense découragement, une sensation d’isolement insupportable, une peur perpétuelle d’un malheur vague, une défiance complète de mes forces, une absence totale de désirs, une impossibilité de trouver un amusement quelconque”. Le dernier mouvement associe ces impressions au trouble fiévreux originel. Le tout se mêle et se démêle en un ballet incessant, houleux, qui nous balade d’un sentiment à l’autre avec une virtuosité incomparable. On voyage, on s’extasie d’angoisse, c’est comme être pris dans un tourbillon sonore dont il est impossible de s’extraire, comme un flot envoûtant de subtilité parcouru de frissons bouillonnants.
En conclusion, cette symphonie composée par un adolescent nous offre un moment de pur plaisir servi sur un plateau d’argent, aux harmonies parfaites, dans un esprit d’innovation artistique et malgré tout, accessible à tout le monde.

A bientôt.

*Le style Sturm und Drang est apparu en Allemagne vers 1760 (fin du mouvement dans les années 1780). C’est un courant artistique qui, par opposition au rationalisme des lumières et de l’aristocratie, voulait exprimer la subjectivité personnelle et les émotions extrêmes de façon mélodramatique. Le Prometheus ou le Werther de Goethe sont de très bons exemples littéraires de ce style tandis qu’en musique, son principal représentant fut Joseph Haydn.

The sounds of silence…

Bedřich Smetana 2

Bedřich SmetanaLe 12 Mars 1883, un compositeur sourd et gravement malade boucle son quatuor à cordes no. 2 après un an de travail et de nombreuses difficultés. Le compositeur en question se nomme Bedřich Smetana (1824-1884), un homme patriote qu’on appelle aussi le père de la musique tchèque. Il donne les clefs d’interprétation de son oeuvre lui même, “il (le quatuor) représente le tourbillon de musique chez une personne qui a perdu la faculté d’entendre”. Et c’est bien avec cette idée à l’esprit qu’on doit appréhender cette oeuvre particulière et difficile à comprendre fondamentalement car sa structure est assez étrange, voire fuyante. Je vous propose donc de parcourir le morceau comme des touristes au milieu d’un musée de sons intérieurs.

C’est un escalier sombre et frénétique qui nous ouvre les portes du quatuor. Ensuite des phrases mélodiques s’enchaînent sans grande cohérence vers un premier choc de notes, elles crissent et avalent l’espace autour d’elles. C’est en fait une alternance de courses ahuries et de pauses sans repos. Peut-être le thème principal du premier mouvement vous rappellera-t-il la bande son d’un film romantique au moment où le héros décide de ne pas abandonner son amour et se précipite, enfiévré, pour rejoindre sa belle. Le tout s’apaise en quelques secondes dans une tendre paresse. Le deuxième mouvement reprend avec rythme de façon enjouée. Il m’évoque quelque balade dans le vert de la campagne sous l’azur d’une après-midi d’été. A un certain point, une suite de sons, d’harmonies ininterrompues, évolue avec grâce, comme un arrêt sur image, une suspension. Le temps du morceau s’arrête avant une reprise montante remplie d’émotion juste et forte. Après ce petit passage, l’œuvre reprend son cours dans l’indétermination. C’est triste, c’est gai, c’est une sorte de mélancolie souriante sans

paysage

prétention, sans discours complexe. Juste une image sonore dépourvue d’excès. C’est à ce moment précis que Smetana déverse le fameux tourbillon qu’il évoquait. Les cordes s’emballent brièvement. Ici, l’expression de la nostalgie et de la douleur prévaut sur le reste. On peut presque sentir le mélange de colère et d’angoisse imposée par le destin tragique qui s’abat sur l’artiste. Un musicien à la fois privé de sons et victime de ceux que son esprit lui impose. Ce tourment dure jusqu’à la fin du morceau mais prend différentes formes. Le résultat c’est qu’on traverse, le coeur à la gorge, des minutes entières de beauté, de faiblesse rongée, de rêve aussi. Le dernier mouvement conclut en répétant les divers états qui nous sont proposés avec confusion. L’épique final nous arrache un sourire compatissant ou une émotion timide. Une chose est certaine, on ressort changé de cette visite musicale de qualité; transporté, touché.

A la prochaine mes chers lecteurs !

La Boite à Musique ?

Que se cache derrière ce titre énigmatique, vous pensez sûrement à l’instrument de musique mécanique que vos grand-parents utilisaient encore à l’âge de pierre comme de vulgaires gramophones. Il n’en est rien ! Parce qu’aujourd’hui, nous allons parler de cette émission tardive de France 2.

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Vers l’infini et au-delà du piano

Je ne pense pas prendre de risques démesurés en énonçant la vérité suivante : tout le monde aime le piano. Il ne dérange pas l’oreille du profane, il nourrit les séries américaines en moments d’émotions et arrache des larmes au cœur des mélomanes. Mais le grand public ne connait pas vraiment le piano, il n’en saisit qu’une infime parcelle de l’ampleur. Avez-vous déjà pensé à l’incroyable potentiel d’un seul instrument de musique ? Comme pour tant de choses, on évite la complexité de ce genre de réflexions, et très vite on catalogue; on dit “c’est beau” et on passe à autre chose.

Pyotr Ilyich Tchaikovsky

Le morceau que j’ai choisi pour mon 1er article musical à proprement parlé se veut donc un pourfendeur des idées reçues. Il s’agit de la sonate pour piano no. 2 de Pyotr Ilyich Tchaikovsky écrite en 1865, le compositeur n’avait alors que 25 ans.

Cette oeuvre que je vais m’employer à décrire le mieux possible explore au long de ces 4 mouvements*, les nombreuses merveilles du piano. Tout commence par quelques notes sèches et lourdes qui vous prennent directement à bras le corps pour mieux vous embarquer dans un flot mélodique intense emprunt d’une grâce phénoménale. La réapparition fréquente de la sécheresse originelle ajoute une profondeur dramatique, une certaine angoisse au charme de l’ensemble, avant de terminer la 1ere partie dans un calme mystérieux voire inquiétant.

Le deuxième mouvement s’ouvre avec une infinie délicatesse mêlée de joie enfantine, et se poursuit dans une ardeur assez solennelle, pour laisser place à la fraîcheur du 3e mouvement. Ce dernier évoque tout simplement l’hiver, les chutes de neiges, et le souvenir mélancolique du soleil. La fin du morceau est particulièrement complexe. Il semblerait que Tchaikovsky ait voulu rassembler toutes les émotions des 3 mouvements précédents pour en faire un tourbillon infernal de notes, de couleurs, de rythmes. L’écoute devient presque un effort physique.

vintage_piano

Toutes les sonorités possibles et imaginables se retrouvent dans ces ultimes minutes pour revenir à la brusquerie du début. Mais le génie du compositeur va plus loin. L’oreille attentive aura en effet l’impression que le morceau continue plusieurs secondes après la dernière note, comme s’il s’agissait d’une vague continue, d’un ras de marée musical.

N’hésitez pas à commenter cet article pour y laisser vos impressions.
A la prochaine !

*On appelle mouvements les parties d’un morceau classique de type instrumental