Quand certains chantaient « j’fais des trous, des petits trous, toujours des petits trous »*, que d’autres continuaient à prendre chaque jour la ligne fatale du métro-boulot-dodo, il y en a un qui a eu la bonne idée de célébrer à sa manière les joies du métro parisien, de décortiquer chaque station, et d’en extraire l’atmosphère propre, liée à chacun des quartiers de Paris. Celui-là, c’est Emmanuel Santarromana.
Son album-concept n’est pas tout jeune (Métropolitain est sorti en 2003), mais il vaut le détour.
Emmanuel S., c’est d’abord un adepte des percussions, qui commence comme junior dans une maison de disques, puis creuse son trou dans les plus grands clubs européens. Son expérience avec les platines sera décisive ; il devient Dj, sort quelques compil’, se trimballe de Marrakech à Paris, de Londres à Shanghai, de clubs branchés en défilés de mode. Son album Métropolitain est son premier album de compositions originales. Le morceau éponyme apparaît même sur une des prestigieuses compilations Hôtel Costes (vol.6):
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Métropolitain, c’est une balade cosmopolite d’Opéra à Montmartre, du Père Lachaise au Trocadéro, en passant par Barbès, Les Halles ou Saint-Germain-des-Près. Un parcours dans ces quartiers si chers aux Parisiens et admirés des touristes. Le métro pourrait servir de fil conducteur, mais chacun des titres doit être pris séparément. On peut difficilement adopter une vue d’ensemble sur cet album, tant il est riche de compositions, de styles, de sonorités. C’est comme si Emmanuel Santarromana avait voulu donner à chacune des chansons son univers propre, dresser la carte d’identité d’un quartier, et décomposer toutes les facettes de la culture musicale parisienne.
On passe donc du classique Opéra aux musiques africaines de Château Rouge, du hip-hop des Halles à la douce balade au cimetière du Père Lachaise. On se retrouve dans les volutes de fumées des caves de Saint-Germain-des-Près, sur les bancs du Luxembourg au son du jazz et des rires d’enfants. Bref, un joli programme touristique, proche de tous les clichés sur Paris – qui collent pourtant tellement à la réalité.
Cet album métissé explore tous les recoins de Paris et nous offre un beau voyage dans les méandres de la capitale, des
instantanés de quartiers, des bribes de la vie parisienne. Pour les Parisiens aguerris comme pour tous les autres, il vous suffira de fermer les yeux pour vous retrouver sur les marches de Montmartre au son de l’accordéon, au fond d’un petit troquet à Saint-Germain, dans le brouhaha de Barbès ou perdus dans le trafic (dans tous les sens du terme) des couloirs des Halles.
Et puis l’artiste a su bien s’entourer, avec les participations du rappeur Mike Ladd qui pose ses beats sur « Les Halles », des African Divas qui réchauffent nos oreilles sur « Château Rouge », de Nôze pour le côté jazzy de « Luxembourg », et de la célèbre designer Andrée Putman, qui déclame de sa voix enfumée un poème farfelu de Boris Vian sur « Saint-Germain-des-Prés ».
Une belle découverte trip-hop qui fait plaisir à tous les sens.
Et si vous êtes fans des Beatles, vous pouvez toujours continuer votre exploration auditive en écoutant le deuxième album de reprises d’Emmanuel Santarromana, Fab4ever… Mais c’est une autre histoire.
Tracklist :
1. Métropolitain (Edit Version)
2. Opéra
3. Barbès (feat. Driss Bahhar)
4. Château Rouge (feat. Hadja Kouyaté)
5. Les Halles (feat. Mike Ladd)
6. Père Lachaise
7. Trocadéro
8. Montmartre
9. Saint-Germain-Des-Prés (feat. Andrée Putman)
10. Luxembourg (feat. Nôze)
11. Métropolitain (Live Version)
* le grand Serge bien sûr.


