Beau package que ce bien nommé Epic Industrialist Tour qui sillonne l’Europe en cette fin d’année 2012!
À quoi pense le fan de metal quand on lui parle d’industrial metal? Pour le commun des mortels, industriel (ou indus) rime avec Rammstein, et il faut avouer que les Allemands sont les meilleurs représentants du style. On pense également beaucoup à Ministry, le groupe de Chicago ayant lui aussi donné ses lettres de noblesse à l’indus aux yeux du grand public.
Mais le fan de metal extrême, celui pour qui les deux précités font office d’ “entertainers”, pense à un tout autre nom : Fear Factory. Les Californiens sont devenus, depuis Demanufacture, leur album-référence en 1994, un poids lourd du style et une véritable machine de guerre revenue sur le devant de la scène avec deux albums tout simplement dévastateurs en 2009 et 2012 : Mechanize et The Industrialist. La traversée du désert de la décennie précédente semble loin. Du moins en studio. Car là ou le bas blesse, c’est bien en live : Dino Cazares, le guitariste du groupe, tient plus du cachalot que de l’éphèbe, et son chanteur Burton C. Bell, si il hurle toujours aussi bien (ou presque), ne sait tout simplement plus chanter en voix claire. Et c’est gênant au vu des nombreux refrains mélodiques très réussis pondus par le groupe durant sa carrière…
Le deuxième nom qui me vient à l’esprit, c’est Strapping Young Lad. Un groupe connu des amateurs pour avoir sorti ce qui est considéré par certains – et j’en suis – comme l’album de metal le plus violent, le plus dérangé jamais pondu, j’ai nommé City (1997). Un manifeste de folie, où la double pédale et les riffs assassins font passer Fear Factory pour du Françoise Hardy, et où on peut découvrir la voix de celui que je considère comme l’un des plus grands artistes metal de tous les temps : Devin Townsend. Et c’est justement celui-ci, accompagné de son “Devin Townsend Project”, qui constitue la deuxième tête de l’hydre que forme cet Epic Industrialist Tour, après voir sorti 5 albums géniaux en l’espace d’à peine 3 ans, balayant un spectre hallucinant de styles musicaux, du metal extrême de Deconstruction à la musique atmosphérique de Ghost en passant par le rock vitaminé d’Epicloud et Addicted, ses deux meilleurs albums depuis longtemps.
Quant à la queue de la comète, elle est constituée d’un groupe certes plus modeste mais non moins prometteur, les Marseillais de Dagoba dont la carrière jusque maintenant ressemble ni plus ni moins qu’à un sans faute, comme en témoigne leur énergique album Poséidon sorti en 2010 et où leur metal industriel et groovy frappe de plein fouet via des mélodies entêtantes et cette puissance intacte depuis leurs débuts.
Et nous voilà donc au Hof Ter Lo d’Anvers, cette petite salle sympathique d’environ 400 places où la proximité avec les artistes n’a d’égal que le son (tout simplement parfait), dans l’attente des Français susnommés qui ouvrent la soirée… Le public est clairsemé mais les gars se donnent à fond dès le titre d’ouverture, The Nightfall & All Its Mistake (où le bassiste semble souffrir pour rendre au mieux les choeurs hurlés du refrain)… The Man You’re Not, tiré de l’album référence des Phocéens What Hell Is About, remue nos cervicales, comme tout le set, mais le public, poli et attentif, ne réagira tout simplement à aucun moment aux nombreuses injonctions du sympathique chanteur Shawter, malgré le final tout simplement imparable que constitue le classique The White Guy & the Black Ceremony. Décevant, comme me le confiera le batteur du groupe rencontré après le concert.
Heureusement, l’assistance sera nettement plus motivée pour le concert suivant, et quel concert, mes aïeux … Devin Townsend débarque en maître de cérémonie après une longue intro vidéo totalement schizophrénique – et hilarante – sur le morceau Supercrush, où sa voix quasi-opératique est tout bonnement magique. Et l’Artiste (avec une majuscule) d’enchaîner les morceaux de bravoure sans aucun complexe, tels que Color Your World qui plonge le public non averti dans la stupeur, le calme Deep Peace et son solo central ou le majestueux et époustouflant Grace et ses entêtants “Never fear love!” … mais le concert est également ludique, entre les nombreuses blagues lancées par le chanteur (“I know many of you think that this is weird shit, but I don’t care”, dit-il en réaction à la part non-négligeable du public qui semble sceptique devant sa musique) et les morceaux dansants et plus légers que sont Vampira, Lucky Animals ou Bad Devil ou où Devin Townsend enchaîne hurlements surpuissants et chant clair très bien maîtrisé. Le concert se termine et le public est en majorité totalement conquis, l’artiste ravi de l’accueil qui lui est réservé et les sceptiques mi-amusés mi-épatés.

D’amusement, il n’en sera plus question lors du concert très attendu de Fear Factory. Du moins dans la musique, car le groupe semble ravi d’être là et le prouve en nous rajoutant un titre en exclusivité, What Will Become?, au beau milieu de la fournée de classiques enquillés comme à la parade après le dévastateur morceau d’intro The Industrialist… Et quels classiques. Linchpin, Shock, Recharger, Powershifter, l’enchaînement fatal de quatre morceaux de Demanufacture en fin de concert … Impossible de ne pas terminer le concert sur les genoux, et difficile de s’attarder sur les (réelles) difficultés du chanteur à assurer le chant clair, comme d’habitude, tant le groupe a envoyé à son public une vraie décharge d’énergie et un signal fort : Fear Factory est vivant. Et effrayant.

Si dans le chef de votre serviteur, le vrai gagnant du soir est Devin Townsend, aucun doute : ce Epic Industrialist Tour est une grande réussite, de la première à la dernière note. Seul regret : que Devin Townsend n’aie pas profité de la tournée pour sortir l’un ou l’autre morceau de Strapping Young Lad de son chapeau… c’était l’occasion rêvée. Bravo toutefois aux 3 protagonistes!
![Anvers l’industrielle [Live Report]](https://beatchronic.com/wp-content/uploads/2013/01/fear-factory.jpg)
