corde

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The sounds of silence…

Bedřich Smetana 2

Bedřich SmetanaLe 12 Mars 1883, un compositeur sourd et gravement malade boucle son quatuor à cordes no. 2 après un an de travail et de nombreuses difficultés. Le compositeur en question se nomme Bedřich Smetana (1824-1884), un homme patriote qu’on appelle aussi le père de la musique tchèque. Il donne les clefs d’interprétation de son oeuvre lui même, “il (le quatuor) représente le tourbillon de musique chez une personne qui a perdu la faculté d’entendre”. Et c’est bien avec cette idée à l’esprit qu’on doit appréhender cette oeuvre particulière et difficile à comprendre fondamentalement car sa structure est assez étrange, voire fuyante. Je vous propose donc de parcourir le morceau comme des touristes au milieu d’un musée de sons intérieurs.

C’est un escalier sombre et frénétique qui nous ouvre les portes du quatuor. Ensuite des phrases mélodiques s’enchaînent sans grande cohérence vers un premier choc de notes, elles crissent et avalent l’espace autour d’elles. C’est en fait une alternance de courses ahuries et de pauses sans repos. Peut-être le thème principal du premier mouvement vous rappellera-t-il la bande son d’un film romantique au moment où le héros décide de ne pas abandonner son amour et se précipite, enfiévré, pour rejoindre sa belle. Le tout s’apaise en quelques secondes dans une tendre paresse. Le deuxième mouvement reprend avec rythme de façon enjouée. Il m’évoque quelque balade dans le vert de la campagne sous l’azur d’une après-midi d’été. A un certain point, une suite de sons, d’harmonies ininterrompues, évolue avec grâce, comme un arrêt sur image, une suspension. Le temps du morceau s’arrête avant une reprise montante remplie d’émotion juste et forte. Après ce petit passage, l’œuvre reprend son cours dans l’indétermination. C’est triste, c’est gai, c’est une sorte de mélancolie souriante sans

paysage

prétention, sans discours complexe. Juste une image sonore dépourvue d’excès. C’est à ce moment précis que Smetana déverse le fameux tourbillon qu’il évoquait. Les cordes s’emballent brièvement. Ici, l’expression de la nostalgie et de la douleur prévaut sur le reste. On peut presque sentir le mélange de colère et d’angoisse imposée par le destin tragique qui s’abat sur l’artiste. Un musicien à la fois privé de sons et victime de ceux que son esprit lui impose. Ce tourment dure jusqu’à la fin du morceau mais prend différentes formes. Le résultat c’est qu’on traverse, le coeur à la gorge, des minutes entières de beauté, de faiblesse rongée, de rêve aussi. Le dernier mouvement conclut en répétant les divers états qui nous sont proposés avec confusion. L’épique final nous arrache un sourire compatissant ou une émotion timide. Une chose est certaine, on ressort changé de cette visite musicale de qualité; transporté, touché.

A la prochaine mes chers lecteurs !

Le chaud et le froid

une production bicéphale…

A 35 ans, le compositeur norvégien Edvard Grieg (1843-1907) était reconnu comme un virtuose des miniatures pour piano et des chansons qui illustraient parfaitement son talent naturel pour l’écriture mélodique; une réputation à double tranchant car ses contributions aux styles plus sérieux de la musique du XIXe siècle étaient systématiquement négligées et même snobées (sauf par un certain Tchaikovsky). Dans ce contexte professionnel tendu, la composition de son “Quatuor a cordes no 1, op. 27″ s’avéra des plus laborieuses. Grieg ne s’était pas encore bien habitué à cette forme musicale et son travail s’en trouva sans doute alourdi mais cette relative inexpérience fut étonnamment fructueuse puisque son oeuvre fut une des plus innovantes et influentes de l’histoire de la musique de chambre…

C’est une histoire de forme. Le morceau est un arrangement cyclique basé sur un thème principal qui subit d’innombrables transformations au long de 4 mouvements dont le rythme et les couleurs restent distincts et originaux. Contrairement aux pratiques de l’époque,  l’unité de cette composition repose véritablement sur le theme d’origine; il influence tous les mouvements et fait donc l’objet en permanence de citations mélodiques complexes et parfois imperceptibles. En résumé, nous sommes face à un labyrinthe au sein duquel le changement est continu mais qui offre à différentes reprises une vague impression de déjà-vu, une confusion étrange.

Voyons cela plus en détail. L’oeuvre s’ouvre avec une lente introduction qui conduit (c’est évident) au theme clef; celui-ci consiste en un déchaînement furieux et perturbant aux saveurs métalliques, les cordes et les archets s’entrechoquent pour délivrer une mélodie qui suinte la colère, la folie et l’angoisse. Des développements successifs se mettent rapidement en place, on apaise en conservant le flot de notes déjà installé, on répète, on triture, on décompose pour autant d’effets incroyables et ce pendant tout le premier mouvement qui s’éteint lentement avant un dernier retour de flamme. La deuxième partie change radicalement de ton. Une douce romance simplement se déploie, comme un air naïf qui s’agite soudain et virevolte sans cohérence, puis se calme et reprend sa ronde; à plusieurs endroits, l’ombre du fameux thème apparaît brièvement comme un traumatisme inoubliable. Le troisième mouvement est peut-être le plus ambigu de l’ensemble, il réunit les différentes impressions de ses prédécesseurs en y ajoutant une dose de bizarrerie curieusement inquiétante et surtout insaisissable, c’est une ambiance étrange, constellée de surprises musicales que le compositeur arrange avec brio. Le final commence avec une courte citation de la mélodie fil-rouge avant de s’élancer dans une sonorité volontaire soufflant le chaud et le froid, il agit comme un catalyseur d’énergies antagonistes et permet de relier toutes les parties du morceau en imprimant malgré cela sa propre originalité. Le cycle se termine avec le retour éclatant du fameux thème, plus vigoureux encore, plus intense, tel un torrent fantastique qui enchante une dernière fois l’auditeur avant de disparaître tout empanaché de gloire.

A très vite mes chers lecteurs 🙂