Fantaisie Ultime
On a souvent tendance à associer le terme “Original Soundtracks” uniquement à un film. Pourtant, il y a d’autres oeuvres audiovisuelles dont les compositions originales valent le détour : c’est le cas de la série de jeux vidéos Final Fantasy. Au coeur de celle-ci, un jeu se démarque parmi les autres de par la qualité des morceaux qu’on y trouve. Il s’agit de Final Fantasy 9, où Nobuo Uematsu aura su donner une nouvelle dimension au scénario d’un jeu déjà très élaboré. Laissez-moi donc vous conter cette histoire fantastique, en vous berçant l’âme grâce à des musiques mythiques tout au long de l’article…
Thème Principal :
Précédemment, je vous expliquais que Nobuo composait ses musiques en fonction du ressenti du lieu dans lequel le personnage du jeu évolue. Dans FF9, nous sommes au coeur d’un univers médiéval peuplé de créatures de légende telles que des Chevaliers Dragon, des Kwe ou encore des Invokeurs. Djidane, membre d’un gang de voleur nommé les Tantalas, a pour mission d’enlever la Princesse Grenat, dans la ville d’Alexandrie. Les Tantalas sont aussi une troupe de théâtre, et c’est lors de la représentation d’une pièce de Shakespeare, Le Roi Lear, qu’ils vont commettre leur méfait. L’aventure commence alors que nos héros tentent d’échapper à l’armée d’Alexandrie à bord de leur Aérothéâtre (voir vidéo)… On peut aisément ressentir le côté marginal des Tantalas dans leur thème, ainsi que l’ambiance dramatique de la pièce de théâtre, magistralement représentative de la scène jouée dans le jeu.
Thème des Tantalas :
Musique principale de la pièce du Roi Lear :
Vidéo : Fuite d´Alexandrie
Par la suite, Djidane va tomber amoureux de Grenat et va vouloir la protéger contre Branet, la reine d’Alexandrie. Elle tente en réalité
de s’emparer des 4 perles magiques légendaires réparties à travers le monde, dont une est entre les mains de sa fille. Elles lui permettront de pouvoir invoquer des Chimères, sortes de créatures Divines surpuissantes pouvant détruire une ville entière en quelques secondes (vidéo). Djidane et Grenat, accompagnés de Vivi, Steiner, Freyja, Tarask, Eiko et Kweena, vont partir à l’aventure à travers Héra (leur planète), et découvrir des desseins encore plus maléfiques menaçant l’équilibre du monde entier. Ils vont découvrir que c’est Kuja, être maléfique semblable à Djidane (ils possèdent tous deux une queue de singe) qui est responsable de la quête de pouvoir de Branet, et qu’il la manipule pour arriver à ses fins. Je vous ai placé ci-dessous le thème de Kuja, qui instaure une atmosphère purement démoniaque lorsqu’on l’entend durant le jeu, ainsi que le thème de la carte du monde, pour voyager entre les villes comme celle de Clayra, présentée aussi. On se rend compte que Nobuo a parfaitement cerné l’esprit de FF9, pour avoir composé des oeuvres complétant à merveille le cadre magique du jeu.
Thème de Kuja :
Carte du Monde :
Thème de la ville de Clayra :
Vidéo : Destruction de la ville de Clayra :
On apprend par la suite que Kuja et Djidane viennent d’un monde parallèle, la planète Terra. Mais le but ultime de Kuja est de fusionner les deux mondes pour régner en maître sur la planète. Je ne vous en dirai pas plus sur le scénario car il serait criminel d’en dévoiler certains aspects, tant l’expérience de jeu de FF9 est fabuleuse. Je vous invite donc vivement à vous plonger au coeur de cet univers, si ce n’est pas déjà fait, en laissant simplement votre esprit s’évader dans les contrées merveilleuses que vous réserve l’équipe de Squaresoft (éditeur). Voici par exemple le thème de la planète Terra ainsi que celui de Branval, ville mystérieuse renfermant des secrets sur le passé de Djidane, qui deviendra finalement la véritable quête existentielle de ce personnage.
Thème de Terra : www.youtube.com/watch?v=8i6_i6vqYao
Thème de Branval :
Au travers de diverses histoires, se recoupant à un moment ou un autre, nous abordons ici des thèmes aussi importants que la mort, le sens de la vie, l’amitié, la trahison ou l’amour. Tous les sentiments extrêmes que provoquent en nous ces sujets sont donc présents dans l’oeuvre, en nous exposant face à nos propres états d’âme. Une expérience personnelle à vivre, mais à partager au moyen de la musique, qui au fond reste le langage universel que chacun de nous est capable de comprendre.



Leur relation est incroyablement passionnante à étudier, von Meck était une grande admiratrice de son oeuvre; et par l’entremise d’un ami commun, le compositeur et pianiste Nikolai Rubinstein (1835-1881), elle entama une correspondance assidue avec Tchaikovsky et lui procura également une aide financière cruciale pour la liberté artistique de ce dernier; leur association dura, en tout, plus de 17 ans. Une bienfaitrice donc, une confidante, Pyotr Ilyitch avait trouvé quelqu’un à qui parler de son travail sans appréhension. Pourtant, malgré leur amitié sincère, très tôt dans leur correspondance, les deux parties décidèrent, d’un commun accord, de ne jamais se rencontrer; veuve, Nadezhda craignait pour sa réputation et n’osait pas se lancer dans une relation aussi intense*; Tchaikovsky, lui, en idéaliste, avait peur d’altérer leurs rapports en faisant le contraire. Si je m’attarde à ce point sur Madame von Meck, c’est en raison du rôle majeur qu’elle occupa dans l’écriture du morceau dont je traite aujourd’hui, le trio pour piano op. 50, composé à Rome entre Décembre 1881 et Avril 1882.
Il est dédié “à la mémoire d’un grand artiste”, à savoir Nikolai Rubinstein, emporté par la tuberculose le 23 Mars 1881. Mais la véritable prémisse de ce morceau remonte encore à l’année précédente. Nadezhda écrivait alors à son protégé : “pourquoi n’écririez-vous pas un trio prochainement ?”. Dans sa réponse, le compositeur soutenait que, pour lui, la combinaison acoustique du violon, du piano et du violoncelle, sans autre accompagnement, était parfaitement incompatible, une véritable torture pour ses oreilles. En dépit de cette impression, l’idée d’un pareil travail s’accrocha à son esprit, et le conduisit progressivement à un volte-face caractéristique de sa nature contradictoire, comme le prouve une autre lettre adressée à von Meck qu’il rédigea le 27 Décembre 1881. Tchaikovsky explique : “Malgré mon antipathie pour une telle association d’instruments, je pense expérimenter ce style musical auquel je n’ai encore jamais touché. J’ai déjà écrit le début d’un trio. Si je compte le finir et s’il s’avérera, par la suite, être un succès, je n’en sais rien mais j’aimerais beaucoup conduire ce que j’ai commencé vers une conclusion heureuse… Je ne vous cacherai pas le grand effort de volonté qu’il m’a fallu pour poser mes idées dans cette forme nouvelle et inhabituelle. Mais je voudrais sincèrement dépasser toutes ces difficultés.”; il devint, peu à peu, complètement absorbé par cet opus, y travaillant sans relâche, avec passion, peaufinant les moindres détails pendant des mois avec l’aide d’autres musiciens et toujours encouragé par l’enthousiasme de Nadezhda von Meck. Une série de performances privées s’enchaînèrent par la suite, notamment lors d’une commémoration au Conservatoire de Moscou, un an après la mort de Rubinstein. Précisons encore, pour l’anecdote, que le morceau fut choisi en 1891 par l’ambassade russe à Washington D.C. (USA) pour une réception en l’honneur de Tchaikovsky qui visitait le continent. Aujourd’hui, ce trio est considéré comme une pièce maîtresse de la musique de chambre et fait l’objet d’incalculables performances extrêmement prestigieuses partout dans le monde. C’est une oeuvre résolument tragique, traditionnellement jouée d’une seule traite ou avec une courte pause, selon les spécifications de l’auteur, ce qui exige de l’endurance et une formidable virtuosité de la part des musiciens.
Il n’y a que deux mouvement : le premier s’ouvre sur une mélodie affligée qui croît avec beaucoup de subtilité, de force, et subit toutes sortes de développements le long de vifs échanges entre le piano, le violon et le violoncelle; le second consiste en un thème décliné sur 12 variations originales et poignantes qui culminent avec un final déchirant et lugubre, celui-ci laisse les spectateurs les plus sensibles littéralement anéantis; dans la version live que j’ai choisie, on peut apprécier tout l’effet de ce final dans le silence estomaqué du public, prélude d’une ovation inévitable. Le morceau est pourvu d’une qualité presque symphonique tant le compositeur est parvenu à tirer le maximum des possibiltés sonores de chaque instrument. Il s’étire, se cabre, se métamorphose à l’infini, une transposition musicale de la détresse et de ses nombreux visages. Entre la peine face à l’absence, les souvenirs attendris, la rage envers la fatalité, on s’égare d’un ressenti à l’autre, on est tantôt dévasté, tantôt sous le charme, c’est une cascade de surprises. Les harmonies sont divines, elle offrent une saveur supplémentaire à ce déballage vibrant de sons merveilleux. Ce trio frénétique se distingue enfin par son ambiance intime couplée, par je ne sais quel miracle, à une exploration cosmique de l’imaginaire. Délicat, inspiré, émouvant, les adjectifs s’accumulent et se mélangent pour décrire cette danse féérique, une preuve magistrale parmi d’autres du génie créatif d’un homme qui fut hanté toute sa vie par le doute…


J’ai donc éprouvé beaucoup de difficultés pour choisir, parmi les innombrables morceaux possibles, celui qui serait le plus intéressant à partager. Mon choix s’est finalement porté sur la symphonie no. 25 en sol mineur, KV. 183 écrite en 1773, le compositeur n’avait alors que 17 ans ! Cette oeuvre reflète une partie moins présente ou en tout cas moins connue dans la musique “mozartienne”, à savoir son côté plus tragique ou angoissant, sa nature prémonitoire du bouleversement musical initié plus tard par un certain Ludwig van Beethoven (1770-1827). En effet, la symphonie s’inscrit à merveille dans un courant artistique pré-romantique de la fin du 18e siècle, le sturm und drang.*
Le tout se mêle et se démêle en un ballet incessant, houleux, qui nous balade d’un sentiment à l’autre avec une virtuosité incomparable. On voyage, on s’extasie d’angoisse, c’est comme être pris dans un tourbillon sonore dont il est impossible de s’extraire, comme un flot envoûtant de subtilité parcouru de frissons bouillonnants.

