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Anathema, bande-son d’une guérison

Nombre d’artistes durant leur carrière ressentent, arrivés à un certain point, un déclic, un changement dans leur vision des choses et dans l’orientation que celle-ci donnait à leur musique. Mais plus rares, bien plus rares sont les artistes qui vous font ressentir ce déclic, vous donnent à vous aussi une nouvelle vision des choses. Vous ouvrent une porte latérale dans un couloir que vous pensiez à sens unique… Transforment un hublot crasseux en baie vitrée baignée de soleil.

anathemaAnathema fit, dans mon cas,partie de ces artistes.

2010 : le groupe, après un début de carrière balbutiant un doom metal glauque, violent, sombre et dépressif dans les années 90, atteint enfin sa plénitude. Comme une répugnante chenille devenue papillon, et passée par la longue phase de transformation via chrysalide – la période allant de la fin des 90ies à la moitié des années 2000 en l’occurrence, durant laquelle les natifs de Liverpool peaufineront leur musique petit à petit, sortant notamment un somptueux Fragile Dreams en 1998. Une perle de musique rock progressive, emplie de mélodies mélancoliques mais enfin débarrassée de la haine des débuts et s’offrant enfin aux oreilles d’un public plus large.

coucher-de-soleil-sur-la-plageToutefois, une certaine retenue reste bien présente, et l’épanouissement total est encore absent, malgré la qualité musicale bien réelle. Il faudra sept années, de 2003 à 2010, pour qu’Anathema déploie enfin ses ailes et devienne enfin le groupe qu’il devait être. Sept années vierges de tout album original (la compilation Hindsight en 2008 n’offrant que des relectures de morceaux déjà publiés), mais qui permettent aux Anglais d’offrir au public une oeuvre grandiose : We’re Here Because We’re Here.

Une renaissance musicale, une renaissance humaine

2010, voilà donc cet album We’re Here Because We’re Here. Un album qui annonce dès le visuel une musique lumineuse, positive ; et ces deux adjectifs sont en effet indissociables de l’heure de magie offerte par Anathema sur ce disque.

La voix, tout d’abord, de Danny Cavanagh, joue un énorme rôle dans cette impression de luminosité : longtemps voilée, emplie d’une mélancolie et d’une rage sous-jacentes, elle semble ici totalement libérée sur le morceau d’ouverture Thin Air, qui fait planer l’auditeur et emprunte des courants ascendants qui l’emmènent loin, très loin, via notamment des guitares aériennes.

Après les guitares, c’est le piano qui nous accueille pour Summernight Horizon, et la voix de Cavanagh se mêle à celle de la chanteuse Lee Douglas pour offrir une cavalcade traversée par un solo efficace, loin des démonstrations techniques habituelles du genre.

Suivons le piano jusqu’au troisième morceau, avant d’arrêter ce simple titre-à-titre, car il est impossible de ne pas s’arrêter sur celui-ci : Dreaming Light. Peut-être le morceau le plus représentatif de la paix qui règne sur l’album et dans l’âme des compositeurs, il peut être décrit par un simple mot : somptueux. Les paroles reflètent cette liberté ( « suddenly, all falls into place… suddenly, I don’t have to be afraid »), cet apaisement, et la font ressentir à l’auditeur subjugué

La mélancolie semble bannie de cet album, jusqu’à ce morceau très intime, Angels Walk Among Us, où après une introduction sublime (ces arpèges…), Danny Cavanagh pose cette phrase : « only you can heal your life, only you can heal inside ». La voilà, cette ligne qui semble résumer absolument tout : vous seuls pouvez vous soigner, pouvez atteindre la paix intérieure, comme le groupe semble l’avoir fait durant ces sept années de mutisme. Rarement une phrase aura paru si intime, et m’aura tant touché dans une œuvre, qu’elle soit musicale ou autre ; et j’aime à penser que cette simple phrase, placée dans ce contexte artistique, puisse amener bien d’autres personnes à la paix intérieure qu’elle prône…

plage-tropicaleLe monologue qui suit durant l’interlude Presence amène parfaitement l’auditeur à la pièce centrale de l’album, A Simple Mistake, ; ce morceau, basé sur une montée en puissance subtile et véritablement prenante, est porté par cette voix fragile sur les couplets, et qui s’affirme sur le plus beau refrain de l’ensemble, avec ces symboliques paroles: “Rise, be a master”.

L’auditeur (parlons même ici de voyageur, tant l’album peut vous emmener loin pour peu que vous le laissiez faire) sortira du rêve initié une heure plus tôt via un dyptique, la première partie, Universal,  intimiste, quasi introspective, se clôturant sur le magnifique instrumental qu’est Hindsight.

Voilà donc Anathema ressuscité, guéri, et paré pour un nouveau départ. Deux ans plus tard sortira une nouvelle merveille, Weather Systems … Un autre voyage, auquel vous êtes cordialement invités. Embarquement dans une prochaine chronique …

Présentation d’une nouvelle rubrique : heavy metal & hard rock.

 

Heavy Metal.

Deux mots qui résonnent bien souvent dans l’esprit des gens comme « bruit », « cris », « violence » et tant d’autres termes peu élogieux. Car le metal fait partie de ces styles musicaux que goûte peu le grand public, et qui donne l’impression d’être réservé à des chevelus en t-shirt noir, un peu comme la musique classique ne devrait être écoutée que par les classes sociales les plus aisées et les plus cultivées.

Ronnie-James-Dio LIVE

Ronnie James Dio  (1942-2010), chanteur d’origine de Rainbow, passé par Black Sabbath, et instigateur du fameux geste des “cornes” passé dans l’imagerie populaire.

 

De même, le heavy metal (ou simplement metal, ou hard rock, à votre guise) a conservé une image de musique « vieillote », image due au fait que les plus gros groupes actuels (Iron Maiden, Judas Priest, AC/DC, Deep Purple, Aerosmith, …) ont connu leurs heures de gloire dans les années 80, vendant alors des millions de disques et enchaînant les récompenses.

Une image véhiculée également par le creux médiatique, commercial et (plus subjectivement) qualitatif connu par le style durant les années 90 et une petite partie des années 2000, qui ont vu l’avènement de la musique grunge (Nirvana & co ), néo-metal (style mélangeant sonorités metal et éléments plus modernes comme le rap), puis plus tard l’ère MTV, où R&B et autres joyeusetés feront la loi.

Cela, ajouté à la période de quasi-sommeil (ou de médiocrité) des « grosses cylindrées » du metal que sont Metallica, Iron Maiden ou Judas Priest a contribué à mettre le style heavy metal au placard de la hype, le metalleux au ban de la société mondaine, la veste en cuir à l’étage « vintage ».

 Et pourtant, et pourtant. Voilà plusieurs années que les choses commencent à changer.

 Que ce soit par un retour au premier plan des anciens (les excellents albums et les prestations scéniques grandioses d’Iron Maiden, Metallica qui remplit le Stade de France), une nouvelle génération de grande qualité ( le rouleau-compresseur Machine Head, les énormes Volbeat, les Français de Gojira, le metal progressif alambiqué d’Opeth, …) et une série d’albums de divers styles pouvant être qualifiés de chefs d’oeuvre, ce qui n’était plus arrivé depuis bien longtemps, le heavy metal reconquiert petit-à-petit ses lettres de noblesse…

Metallica au Stade de France- Le 12 mai dernier

Metallica au Stade de France, le 12 mai dernier.

Je serai, via cette rubrique, votre guide à travers ce style incroyablement varié qu’est le metal. Un monde qui pourrait bien vous surprendre par les innombrables formes qu’il peut présenter, de la violence la plus primale – et qui n’est, pour ma part, pas forcément celle recherchée, loin de là – à la mélodie la plus mélancolique, la plus subtile, et souvent même la plus éloignée possible de l’image que le grand public se fait en pensant « metal ».

Pour peu que l’on accepte de tendre l’oreille, qu’on mette de côté les clichés, le metal a toujours quelque chose à vous offrir ; et même si, après essai, vous adhérez ne serait-ce qu’à 5% de ce qui se présente à vous, alors ma tâche sera accomplie.

Un premier lien offert à vos oreilles, sans lien avec l’article pour cette fois et qui est un de mes coups de cœurs du moment…