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The Hours

Je me suis enfermé dans une idée fixe, vous parler de cette musique, celle du film “The Hours”.  C’est en 2002 que le réalisateur Stephen Daldry (1960) adapte le roman du même nom, Prix Pulitzer 1999, écrit par l’américain Michael Cunningham (1952). Je me suis convaincu avec enthousiasme qu’il fallait aborder ce film et maintenant que je m’y attèle, allez savoir pourquoi, aucun angle, aucune perspective particulière ne se présente à mon esprit. Pourtant les possibilités sont réduites : résumer le film, parler du compositeur, évoquer mon ressenti; le seul problème c’est qu’aucun ordre ne me semble plus adéquat, plus justifié qu’un autre, les différents points de vue ne se rejoignent pas dans ma recherche comme d’habitude. La plupart du temps je réunis un ensemble de détails pertinents pour construire mon avis personnel et en dégager une analyse pluridimensionnelle; j’explore les nombreux aspects qui conditionnent l’oeuvre finie et ce qu’elle me procure comme sentiments. Ici, les éléments ne collent pas, ils me paraîssent autonomes, indépendants… Je vais procéder sans méthode, écrire ce qui me vient. Si ça vous semble confus, incohérent, ne soyez pas trop durs avec l’auteur déstabilisé qui s’exprime en ces termes, il vous avait prévenu. Trois choses m’inspirent par-dessus tout, la beauté (féminine en particulier), le nature, la musique. Un poème s’est dicté à moi alors que j’écoutais ce soundtrack hypnotique; le voici :

   Il y a quelque chose, un ton inévitable

accroché au temps qui s’égraine en continu;

nous le traversons, une masse imperméable,

avec léthargie, et, soudain, il nous rattrape

cinquante ans plus tard, une sensation ténue

au fond du regard délavé qui nous échappe

sur le coin poussiéreux et triste d’un miroir.

 On regrette alors, nostalgique, les non-dits,

les trop-dits; d’avoir vécu par interdits,

d’être à présent un condensé de long tiroirs.

Quelle richesse une seconde et quel tourment

s’y cache, impérial, quand on peut la ressentir,

quand rien d’autre n’existe. Un enchevêtrement

mélangé de personnes et de couleurs surgit.

Les heures allongent en nous – il doit bien retentir –

ce baiser fugace aux consolations rougies

de la mort en marche. On se consume tout doux,

avec ou sans amour et plus ou moins de panache;

écoutons le temps qui passe et, serein, détache

les mots, les gestes, les images, mes yeux flous…

Ce n’est pas un chef-d’oeuvre mais je n’arrive pas à exprimer autrement mes pensées. Tout est là, il manque juste cette impression personnelle d’être en équilibre instable, comme un funambule sur un fil qui ne s’arrête jamais, sans origine et sans point d’arrivée. Le compositeur Philip Glass (1937) est un héritier du minimalisme et, par ailleurs, le film lui-même est plutôt épuré. Trois femmes, trois époques, trois instants de leurs vies respectives liés entre eux par un roman. En 1941 dans le Sussex, l’écrivain Virginia Woolf (1882-1941) remplit les poches de son manteau avec des pierres et marche dans un cours d’eau pour s’y noyer; Los Angeles, 1951 cette fois, Laura Brown a pris une chambre d’hôtel, dans son sac, plusieurs médicaments; enfin nous sommes à New-York en 2001 et Clarissa Vaughan regarde son ancien amant au bord d’une fenêtre ouverte, il se décide, est-ce que je me laisse tomber ? “The Hours” a reçu de nombreux prix, le casting est magistral : Meryl Streep (1949), Nicole Kidman (1967) qui obtint pour sa performance l’oscar de la meilleure actrice, Julianne Moore (1960) et Ed Harris (1950). Le son, une mélodie sans fin, est somptueusement nécessaire à la réussite de ce film, à tel point qu’on oublie sa présence. Arrivé au bout de mon écriture, j’éprouve le besoin de faire participer un second rédacteur de la team pour ajouter une nouvelle sensibilité à cet article; je veux illustrer la richesse de cette musique, ses nombreuses facettes. Laissons quelqu’un d’autre conclure, sans transition, ma presque-analyse. J’ai attribué cette tâche à Alexis Lutters (alias L.A.) : “On ressent un sentiment de lourdeur mais à la fois de légèreté. On entend le temps s’écouler, sans pouvoir l’appréhender, en s’y perdant. On est suspendu à la mélodie au-dessus d’une sorte de vide brumeux, et l’énergie transmise par le morceau apparaît intemporelle. Les notes suggèrent un destin tragique aux abîmes de la folie. L’apogée lumineuse et haletante de la fin du morceau nous laisse dans une impression de rêve dont on a gardé des souvenirs précis, en nous faisant nous remettre en question : était-ce vraiment un rêve ?”