Dans la chaleur étouffante de Compton, en 1986, Eric Wright aka Eazy E frappe à la porte d’une dopehouse. Entre fumée de crack et de cigarette, le deal tourne mal. Eazy manque de respect à l’une des filles du boss et la suite est naturellement musclée. Les canons luisent a la lumière blafarde des appliques murales, Eric se retrouve en position de faiblesse. Le boss lui annonce qu’ils sont à court de marchandise et qu’il lui faudra laisser le cash si il veut ressortir indemne. C’était sans compter sur une descente violente du swat.
Le sifflet de guet retentit, la situation change radicalement en quelques secondes, tous se précipitent pour faire disparaître l’objet du litige. Le camion bélier du swat a déja entamé sa course et détruit la façade de la maison. L’une des filles occupées à cacher du crack dans le plafond est littéralement projetée contre le mur par le belier. Eazy, lui, détruit à grands coups de pieds une fenêtre grillagée. Aussitôt sorti de cet enfer, il tombe nez à nez avec un chien policier. Jeune et agile, il parvient à escalader une barrière et prendre la fuite.
C’est sur ces 4 minutes que le décor est planté, Compton, l’une de villes coupe-gorge les plus féroces des états unis, a donc forgé ces 5 ados, Eric, Andre, O’shea, Yella et Ren.
Ces jeunes afro-américains seront, grâce à l’argent d’Eric, au talent d’Andre, et aux rimes d’ O’shea, la légende du Hip-Hop qu’ils sont devenus. Entre jalousie, célébrité, argent, art et révolte sociale, Straight Outta Compton raconte une histoire poignante, qu’on connaisse ou pas le genre musical.
La consécration selon Yella.
C’est l’histoires de potes, du succès, de l’histoire de l’Amérique pré et post Rodney King ainsi que des émeutes de Los Angeles en ’92. L’histoire aussi de leur premier album et classique “Straight Outta Compton”. Album rugissant de rage, née de l’injustice sociale qui frappe durement leur quartier.
Le phénomène Straight Outta Compton arrive en Europe après une réussite hollywoodienne. Le film n’a pas pesé lourd, niveau budget il est question de quelques 28 millions de dollars. Un Budget standard si l’on se réfère aux 165 millions de dollars de budget pour Interstellar de Nolan. Quelle est la recette de Gray ? Comment a-t-il transformé 28 millions de budget en 150 millions de dollars de recette en un mois de projections rien qu’aux États-Unis ?
Le casting est une réussite, c’est une partie très délicate dans la réalisation d’un film et il faut souligner ici que tout a été mené comme il le fallait. Du ré-enregistrement complet de l’album par les acteurs jusqu’à l’examen sur scène devant les “vrais”, l’exercice a été accompli. On saluera la performance du fils d’Ice Cube qui interprète ce dernier dans le film ainsi que celle Jason Hawkins très convaincant dans le rôle d’Eazy E.
Avec Straight Outta Compton, Gary Gray parvient sur deux heures (qui semblent s’écouler comme 20 minutes) à garder l’équilibre entre thèmes, personnages et problématiques sociales (faisant immanquablement penser à l’actualité de Ferguson, Baltimore etc). C’est précisément une des raisons du succès du film.
C’est sans compter certaines apparitions qui mettent tout simplement le feu aux poudres du film. On y voit Tupac, Warren G ou Snopp Dogg (qui s’embrouille instantanément avec le méchant du film lors de leur première rencontre en studio). Le film est ponctué des pépites du genre auxquelles on ne s’attend pas et de détails historiques que la plupart découvriront en salle.
Si Straight Outta Compton explose les scores du box office outre Atlantique, c’est parce que Gary Gray a su faire de l’histoire de N.W.A. un mélange entre Biopic, film d’action et drame. C’est a coup sur LE film de la rentrée et il mérite d’être vu, amateur de rap ou pas, au ciné ou en rippé sur un obscur site de streaming. En bref, c’est ce que le public attendait et c’est ce qu’il a eu. Chapeau bas.

