Maybe Belgium 13

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Maybe Belgium #13: STR

A quelques pas de la place Flagey, nous retrouvons Sami Tha Ripou alias STR. Pas pour jouer dans un de ses clips non, mais pour se poser au Tigre autour d’une bière et d’un café. L’artiste, travaillant aujourd’hui avec Ronin Records, est calme et décontracté, loin de l’image qu’on peut s’en faire dans ses freestyles pourris. Habituellement acharné sur les layers de son studio, il prend de son temps pour nous, se livre et donne sa vision du monde musical avec beaucoup de lucidité.

Tu as un style assez particulier, assez déjanté, comment définirais-tu ton univers ?

J’ai un univers tordu et bizarre qui est inspiré de la culture des années 90, de mon enfance, de façon plus “LSDifiée” pour parler à tous mes drogués préférés.

Tu as pas mal tourné avec les loups de MAH Records, mais tu as récemment annoncé que tu ne tafferais plus avec eux. Est-ce que tu pourrais expliquer ton choix ? Est-ce que ton style un peu spécifique ne correspond plus à l’image du label ?

Non, ça n’a rien avoir avec ça, c’est plus personnel. C’est-à-dire qu’à la base on a fondé ce truc à trois avec Sham et Yogen, après, sur un an de taf avec MAH Records, j’ai remarqué que j’avais vraiment fourni un maximum d’efforts, je me suis donné à 200%, j’ai fait vraiment beaucoup de clips et tout. Alors qu’eux, ils ne se sont pas donnés à fond. Je me suis dit : « écoute, ça sert à rien de te mettre la pression. Eux, ils ont une autre approche que toi. Ne continue pas à travailler avec eux s’ils préfèrent se la jouer chill.» Moi je suis plus impatient, et ça ne leur correspondait pas donc finalement on a décidé d’arrêter de travailler ensemble.

T’inspires-tu d’autres rappeurs, films ou livres ?

Au niveau rap, mes inspirations c’est surtout mes potes. Donc notamment les gars de MAH Records, comme ça on ne dira pas que j’ai dit du mal d’eux. Parce qu’à force de rapper avec des gens dans la rue, n’importe qui, même des clochards sur la station essence juste à côté, t’apprends plein de trucs et ça ouvre un peu l’esprit à un rap autre que celui qu’on te propose à la télé. C’est ma principale inspiration. Sinon, comme je te disais tantôt, la culture des années 90, de quand j’étais petit. Tout ce qui est jeux vidéos, films, de quand on avait plein de tunes et qu’on pouvait se lâcher et faire n’importe quoi. C’est vraiment ce que je kiffe.

Qu’est-ce que tu penses  de toute cette hype autour du rap belge dans les médias?

J’en parlais l’autre jour avec un pote, et lui il me disait que ça fait longtemps qu’il y a des fausses hypes qui se créent comme ça tous les X temps, à chaque fois qu’il y a un nouveau groupe qui apparaît. Avant il y avait eu ça avec La Smala, puis avec Caballero et Jeanjass, et là maintenant ils parlent de Hamza et Damso. C’est bien, parce que c’est tous des artistes que je kiffe, enfin pas tous mais la nouvelle génération ça va, c’est des délires qui me parlent encore. Je comprends que les gens aiment bien mais je ne comprends pas l’engouement des médias, ils sont là en train de dire « le rap ça se passe bien en France, ça se passe bien en Belgique, les gens commencent à manger » alors qu’en vérité tous les gens qui font du rap, ils se passent rien pour eux. Oui ils font des trucs parce qu’ils donnent sang et sueur pour que les choses se passent, mais ils ne commencent pas à voir des opportunités de faire de vrais concerts, de vrais projets, de vraies collaborations, et vraiment pouvoir vivre de ça. Alors on parle d’eux comme si c’était des gens importants alors qu’il ne se passe rien.

Photo: BVBEL

Que penses-tu du fait que c’est la France qui identifie ce qui passe ou passe pas dans leur sélection ou leur préférence du milieu belge ?

Ça, ça n’existe pas, parce qu’il n’y a pas assez de public en Belgique. Même moi je le constate, j’ai vraiment pas beaucoup de public et je vois que j’ai autant de public en Belgique qu’en France. Alors qu’ici j’essaye de toucher tous les gens que je connais. Mais en France je vois des mecs qui m’envoient des mails et qui kiffent tous les jours, parce que les mecs ils sont comme ça, ils ont été élevés comme ça. Ici la mentalité est pas encore prête pour ça. Aussi, le problème est que, maintenant, ce phénomène là est encore plus présent depuis que Booba commence à avoir la mainmise ici avec Oklm Radio et Oklm en général. Maintenant il dit « tel rappeur belge, je vais le prendre sous mon aile », Damso, Shay, Jones Cruipy ou plein d’autres, c’est bien pour eux mais le problème c’est que Booba, c’est le seul mec qui va prendre cette initiative. Alors qu’il pourrait y avoir plein d’autres mecs en France qui pourraient faire ça, mais on laisse que ce gars-là. Moi je comprends pas pourquoi il n’y a pas Kaaris ou Lacrim qui viendrait et qui dirait « voilà ça c’est mon poulain belge » et au final tout le monde en Belgique pourrait avoir sa place.

Est-ce que tu pourrais nous raconter l’histoire de cette fameuse photo pour Word Magazine ?

C’est un pote, Caramel Dur, il a un tumblr. Il voulait faire des photos un peu chocs, tout sur fond blanc et basé sur les liquides. Il m’a contacté alors que je ne le connaissais pas parce qu’on avait plusieurs potes en commun. Il m’a dit « j’veux faire un truc avec toi, avec un cul de meuf et du lean qui coule dessus ». J’ai fait « Ouais, à l’aise » directement. Je suis venu, la meuf était là, « Bonjour », on a fait la photo, et voilà.

Tu aimes la musique Punk,  est-ce que tu y retrouves quelque chose dans le milieu de la Trap?

Oui, je trouve que la même énergie se dégage des deux musiques, c’est quelque chose qui me parle. Je regarde les concerts de punks auxquels j’allais avant, les gens pogotaient, ils se tapaient, ils se poussaient, sautaient les uns sur les autres et maintenant avec la trap c’est la même chose qui se passe. Et ça c’est ce que je kiffe, je trouve que c’est ça la vocation de ma musique.

Pour financer ton matériel, tu as créé un projet Kisskiss Bank Bank, est-ce que le manque de moyen t’a freiné pour le premier volet de ta mixtape ?

Non, car à l’époque les choses étaient différentes, j’avais un pote qui avait un studio chez lui où je pouvais aller enregistrer tout ce que je voulais. Aujourd’hui ce n’est plus le cas parce qu’il a eu des galères, sans rapport avec la musique, et j’ai dû me débrouiller tout seul. Au début j’avais rencontré un gars qui m’avait proposé d’aller enregistrer chez lui mais il n’était pas assez disponible pour moi. Je me suis dit que ce qu’il me fallait pour travailler à mon rythme, c’était vraiment que je me lance dans mes propres enregistrements. Et c’est pour ça que j’ai financé un studio. Je suis super étonné que ça ait marché d’ailleurs.

Quels étaient les retours sur cette mixtape Wonderland 1 ?

Les gens ont adoré la pochette (rires). Sinon je ne sais pas si beaucoup de gens l’ont écouté. Pour moi les retours les plus intéressants que j’ai eu c’était des retours de potes qui sont ingés son, qui m’ont dit que ça sonnait comme de la merde. Là je me suis dit « il y a un problème, je comprends pas pourquoi tout le monde aime bien ».

Tu as un titre dans cette tape qui est « Dans le décor », il est plus introspectif que les autres, c’est quelque chose dans lequel on n’a pas l’habitude de te voir. Est-ce que c’est des morceaux que tu appréhendes ou apprécies et que tu vas rééditer à l’avenir ?

C’est une énergie que j’ai eu à ce moment-là j’ai voulu faire un morceau sur le décès d’une amie, je voulais à tout prix lui faire un hommage un jour dans ma vie, d’une manière ou d’une autre. Je me suis dit que ce que je voulais dans ma première mixtape c’était exploiter un maximum de thèmes, je voulais faire au moins un morceau conscient qui avait cette espèce de thème « rap français, piano triste, ouin ouin ». Je voulais en faire au moins un pour montrer « vous avez vu les gars, moi aussi je sais faire ça, je vous encule ». C’est pas parce que je suis un rigolo qu’il m’est pas arrivé des couilles dans la vie. Si je ressens l’énergie de refaire un truc comme ça aussi, oui pourquoi pas.

STR avec les femmes, c’est plutôt comme dans Alizée ou c’est un grand romantique ?

T’aimerais bien savoir hein ? (rires) C’est un peu les deux. Mais le morceau Alizée est un morceau de grand romantique (rires). Je t’avoue que ce morceau, je l’ai écrit, j’avais tous les couplets mais je n’avais aucun refrain. Je m’étais dit : « je vais parler de toutes les meufs qui m’ont fait du mal », et après ça a mis vraiment un mois ou deux pour trouver ce refrain qui est vraiment de la merde, qui est juste un mot, parce que je ne voulais viser personne. Voilà, je suis plutôt comme ça, si t’as écouté et que t’as compris, t’as compris.

Il y a un mois tu as balancé un morceau qui s’appelle Lean et que tu n’as pas mis dans ton album. Est-ce que tu te fixes des limites ou te dis parfois que tu vas trop loin ?

Écoute, ma mixtape Wonderland 1 était finie quand on a enregistré encore deux morceaux au stud’ avec Yogen qui s’appelaient Lean et Finish Him. Les deux je les trouvais exceptionnels, on les a vraiment faits en une traite. On les a enregistrés à 1H du mat’, déchirés après une bouteille de rhum, vraiment un délire à la con. Les deux morceaux de dingue et je me suis dit : « le projet est fini, peut-être que là je suis à fond dedans parce qu’on vient de les enregistrer. Je sais pas si ces morceaux sont vraiment bons, je ne sais pas si je peux les incorporer au projet ». Donc j’ai choisi de mettre juste Finish him et Lean je l’ai gardé, je ne devais pas la sortir mais finalement j’ai balancé ce truc pour tripper.

Est-ce qu’il y a des collaborations, tous styles confondus, que tu voudrais faire ? Des artistes particuliers ?

Pleins d’artistes en particuliers, c’est juste que je n’ai pas les moyens. J’aimerais beaucoup faire des collaborations avec des artistes américains que j’écoute qui viennent d’Atlanta. C’est compliqué parce qu’ils en ont rien à foutre, mais ça c’est vraiment le gros truc que j’aimerais bien faire.

Qu’est-ce qu’on peut attendre de toi en 2016 ?

Déjà le 20 février, il y a la compilation 2808 qui va sortir en collaboration avec BVBEL qui a fait toutes les prods et est un pote que je connais depuis très longtemps. On a invité blindé de gens à poser dessus mais c’est vraiment moi qui ai orchestré ce truc, dans le sens où on a tout enregistré avec mon stud’. Ca m’a permis de me familiariser pour apprendre à maîtriser le matos pour sortir mon prochain projet Wonderland 2, qui sortira en août, un an après le premier. J’espère en sortir un tous les ans en août, et en plus de ça faire d’autres trucs.

Photo: BVBEL

Tracklist ID:

Tommy Kruise – Smokin Sippin Drippin

So Pretty – Fucc to tha cash

Cashy Kesh Dolla – Playa Pimpin’

Pouya – Energy

Goth Money Records – Movie

MADEINTYO – I Want (Skr Skr)

Nedarb Nagrom – Die Any Day (feat. J.Trauma)

Curtis Heron & Cat Soup – Descarinate (feat. Bones)

STR – Smoked Out Loced Out Remix

Playboy Carti – Broke Boy

Curtis Williams – Drip (feat. Riff Raff)

littlegirl420 – y they dnt frown emoticon

Maxo Kream – Cell Boomin (feat. Father)

Asap Rocky – Electric Body (feat. Schoolboy Q)

STR – Kiss Kiss Bank Bank

Father – Read Her Lips (STR Remix)

Oh Rare & Myth Syzer – TSB (feat. Jeune LC)

Bones – FunnyToSeeYouHere

Dexter Dukarus – Free my Jack (feat. Lord Narf)

Slug Christ – Walked away inspirational message version

Yung Lean – Damn Gud Shawty

Yung Hurn – Nein

Uzi – Blue

Casisdead – 6PM

Joebillylouis – Escape

Dthclw – Midna

https://soundcloud.com/strbxl
https://www.facebook.com/STR-1566775733568761/?fref=ts
https://www.youtube.com/channel/UC6tnIOjEUrckIJxcMW4l0rQ
https://www.youtube.com/channel/UCU2s804VjLOLnqYvvwp8u8g

Artwork par Sébastien Collet