Interviews

Viewing posts from the Interviews category

NORITE : Une rencontre, de la techno, un label.

Norite, le label minéral. Les amateurs de techno, ont surement déjà entendu cet étrange nom résonner dans leurs oreilles. Créé il y a un an maintenant, grâce a l’heureux hasard d’une rencontre, ce label bruxellois aux couleurs sombres, fait déjà bien parler de lui, que ce soit grâce à ses soirées, à ses collaborations, ou encore plus récemment à ses releases. BeatChronic a passé quelques heures avec eux et raconte la rencontre de trois passionnés de musique.

Read More

Inside Couleur Café part. 1: l’envers du décor

Irene Rossi, programmatrice et chargée de relations presse chez Couleur Café, nous en dit un peu plus sur ce festival qui attire environ 33% de Bruxellois. Elle nous raconte les négociations annuelles avec Tour & Taxis, la difficulté de programmer certains artistes et les visions pour l’avenir autour d’une bière dans le centre.

Read More

Molenbeek, moulin à culture Part. 1: le VK en danger

Depuis quelques temps, Molenbeek a sa place sur une carte du monde, mais hélas pas pour les bonnes raisons. Vu l’importance tant soulignée de la culture pour rassembler les gens, BeatChronic est allé investiguer auprès de différentes personnalités de Molenbeek touchant au domaine culturel. C’est aujourd’hui au VK que nous nous intéressons. Leur dossier étant jugé insuffisant financièrement et artisitiquement, la salle de concert risque de voir ses subsides coupés et pourrait dès lors fermer ses portes en 2017. Sara Corsius, directrice du VK,  nous a reçus pour exprimer son point de vue sur la situation.

Read More

Le magicien Ozhora à la conquête du monde

Il n’a que 22 ans, et pourtant son nom commence à se faire connaître jusqu’aux States. Ozhora Miyagi est un des producteurs du moment, avec des tubes comme Génération Assassin et Diego à son actif. C’est armé de travail, de talent et de beaucoup de culot que le jeune liégeois a taillé son succès. Des mangas à Kanye West, son univers si particulier est un melting pot de cultures à la base radicalement différentes.

Read More

Maybe Belgium 14: Fatoo San

Nous nous sommes rendus à Schaerbeek, où Fatoo San nous a accueillis à son domicile. Plus habituée aux platines qu’à l’interview, elle s’est prêtée au jeu. Posés autour de la table, nous avons longuement discuté de multiples sujets. La DJ donne sa vision de la musique, la place de la femme dans celle-ci. Elle nous explique aussi comment elle jongle entre sa passion et son métier. Une entrevue enrichissante qui nous offre une autre facette de ce monde musical.

« Mes parents écoutaient beaucoup de musique, j’ai été bercée quotidiennement par leur sélection. J’ai ensuite fait 8 ans de piano et j’ai vécu ma jeunesse avec un groupe d’amis « mélomanes » avec qui j’ai découvert énormément de sons. Par après, j’ai chanté en tant que choriste pendant 10 ans et j’ai vécu une très belle expérience grâce à cela avant d’incorporer le collectif Supafly. La musique a toujours fait partie intégrante de ma vie et m’a aidée à supporter les moments durs, comme une meilleure amie. Je ne pourrais vivre sans ! »

Est-ce que tu peux nous parler un peu de votre groupe Supafly Collective, sa genèse et ses objectifs ?

C’est un collectif qui date d’il y a 6 ans et demi. On s’est rencontrées via JoBee, qui nous connaissait toutes et qui avait compris qu’on avait une certaine passion pour le hip hop. On était 7 à l’époque. Aujourd’hui, nous sommes 4 à être actives au niveau du DJing: Mikigold, Vaneeshua,Young Mocro et moi. JoBee a son projet en tant que chanteuse. Il y a aussi Lizairo qui est photographe et la septième, Jee Nice, est retournée vivre en Allemagne il y a quelques années. Elle s’occupe du magazine Anattitude, qui est, en gros, l’un des seuls magazines sur le hip hop féminin. Il est vraiment complet et concerne toutes les disciplines, elle en sort un par an (version web et papier). C’est d’ailleurs autour de cette activité-là qu’on a fait notre première soirée au Tavernier en 2009. Le but premier était d’organiser des soirées qui mettaient en avant les artistes femmes.

Depuis 5 ans, nous avons également une émission de radio tous les jeudis sur FM Brussel. Avec les années, notre palette de mix s’est fort élargie. On a pris goût à jouer d’autres styles que nous avons toujours écoutés. On peut complètement sortir de la petite case rap/beats si on en a envie et jouer du reggae, du ragga, de la house, du funk, de la soul ou de la musique du monde.

Justement par rapport à cette diversité, tu as été plusieurs fois invitée aux soirées Groovalicious, ça fait quoi de devoir changer à chaque fois de style de musique ?

Oui, c’était vraiment bien, c’était avec Mikigold. On l’a déjà fait 3 fois. Tu peux jouer tout ce que tu aimes, les Groovalicious sont des soirées où on danse comme des dingues derrière nos platines. Le public n’a pas de petit esprit, il est là pour s’amuser, c’était un vrai plaisir de mixer là-bas. Je mets du son africain parce que mon père en écoutait beaucoup. Mikigold, elle, met du latino par exemple, tout ça se mélange bien avec le ragga et le rap. Ça nous permet de créer des sets différents. C’est un challenge de pouvoir mixer pour le public Groovalicious qui est habitué à une ambiance «musique monde», mais on le fait avec notre touche. Changer de styles dans mes mixes ne me dérange pas du tout car j’aime beaucoup de choses différentes et suis toujours heureuse de pouvoir les partager.

288607_10150297249407798_1561325299_o

Photo: David Widart

Est-ce que tu crois que la radio est un média musical qui a toujours autant d’impact qu’avant ?

Oui, et les radios du web aussi. Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui allument la radio pour découvrir de nouvelles choses. Il y a des émissions de qualité pour ceux qui n’ont pas envie de juste écouter les mêmes hits 15 fois par jour. On a vu que quand FM Brussel a failli fermer, il y a eu une énorme mobilisation et elle ne comprenait pas que les gens qui travaillaient à FM Brussel, il y avait aussi ceux qui l’écoutaient. On a pu voir que beaucoup de gens tenaient encore à leur radio, ce n’est pas un média qu’ils ont envie de voir disparaître de si tôt.

Vous avez désormais une résidence au Beursschouwburg, peux-tu nous expliquer comment s’est fait le contact avec Ngoc Lan que vous avez invitée pour l’affiche ?

Nous étions très contentes quand ils nous ont demandé de commencer cette résidence d’un an. J’ai appris à connaître Ngoc Lan en partant en Suisse quand mon homme –Lefto– avait été mixer. Elle faisait encore partie du collectif Food For Ya Soul. On s’est super bien entendues. Nous respectons énormément son travail, elle est très talentueuse ! On avait fait venir Food For Ya Soul au Tavernier, il y a 5 ans, mais la soirée avait été interrompue par la police juste avant qu’ils ne commencent leur set. Du coup,on a directement pensé à elle pour notre première invitée au Beurs.

Vous pensez afficher un line up exclusivement féminin à l’avenir ?

On compte faire ça oui, c’est l’idée du collectif. Nous voulons être originales et surtout faire découvrir des artistes au public. Car il n’y a rien à faire, les artistes femmes, autres que chanteuses, sont toujours moins mises en avant sauf dans les évènements spéciaux. C’est un peu ce qu’on fait nous aussi mais c’est peut-être grâce à cela que certains ont découvert Ngoc Lan la semaine passée.

Est-ce que le fait d’être un crew 100% féminin apporte une fierté quelque part dans le milieu hip hop, très masculin ?

Fierté pas spécialement, parce que depuis le début on trouve qu’on a autant de chances de réussir que les hommes. On avait décidé de ne pas mettre cela constamment en avant. On n’a pas pensé non plus qu’on devait travailler trois fois plus parce qu’on était des femmes, on ne nous a pas mis trop de bâtons dans les roues. Par contre, il y a parfois des gens qui viennent et qui disent «  Ah, en fait vous mixez vraiment ! » -« Ben oui!« . Il y a peut-être une certaine image de la femme DJ véhiculée sur internet qui fait que les gens sont étonnés qu’on ait un minimum de technique. Nous sommes contentes d’avoir toujours travaillé un maximum comme tous pour qu’on ne nous dise pas un jour que nous en sommes arrivées là juste parce que nous « portons des jupes ». Nous mettons en avant le métier qu’il y a derrière, on n’est pas là pour faire « les belles plantes »…

1234516_10151659097862798_988791609_n

Tu penses qu’être une femme dans le milieu de la musique peut être une valeur ajoutée, vu qu’elles sont peu nombreuses?

Oui, cela, on ne peut pas le nier. Comme nous sommes le seul collectif féminin de DJ en Belgique, quand les gens pensent à booker des filles pour une soirée hip hop, ils pensent souvent à nous. Ca nous a servi et on en est complètement conscientes. On aime le dire dans notre bio, bien sûr, mais on n’en a jamais fait des tonnes.  Par contre, quand nous sommes sur scène et que l’ambiance est bonne, on danse dans tous les sens et on fait vraiment la fête avec le public. Ça, c’est peut-être une différence avec nos collègues masculins, j’ai l’impression qu’ils sont plus dans leurs bulles et parfois moins connectés avec les gens.

Qu’est-ce qu’en tant que femme tu n’aimes pas dans le milieu du hip hop ?

Le trop-plein de testostérone ! Je trouve que c’est un milieu où il y a beaucoup trop d’égo, et où certains jouent la carte du « je suis meilleur que toi » à tout va sans même que cela ne fasse référence à l’esprit compétitif des disciplines du hip hop. Il y a des artistes qui ne sont jamais intéressés par ce que font les autres parce qu’ils sont trop nombrilistes et qu’ils ne veulent pas reconnaître le talent d’autrui. Je ne suis pas spécialiste des autres milieux, bien sûr, mais je ne me souviens pas de cette ambiance-là lorsque je chantais en tant que choriste dans des groupes de genres musicaux différents. Nous, on ne joue pas là-dedans et c’est peut-être parce qu’on est des femmes justement.


Il y a des artistes belges en 2016 que vous appréciez particulièrement ?

En parlant de mon mix,j’aime vraiment beaucoup le projet de Cassandre, elle est très talentueuse et sa flûtiste Esinam Dogbaste l’est également. Souvent, quand on chante en français et qu’on est belge, on doit attendre d’être reconnu en France, en dehors de notre petit pays, pour pouvoir développer un plus gros projet et je le lui souhaite vraiment. Le Motel également, Roméo Elvis, Oyster Node En fait, toutes les personnes que j’ai choisies dans mon mix sont des artistes dont le travail me touche et j’attends de bonnes choses d’elles en 2016. J’aime aussi énormément le travail de Noza, c’est mon producteur belge préféré.

10541060_10152444143002798_2374010791778405628_n

Photo: Gautier Houba

Quelles différences ressens-tu entre le Nord et le Sud de la Belgique pour l’appréciation de la musique?

Comme la culture flamande est une culture fort influencée par le monde anglo-saxon, ils ont forcément plus de facilité avec l’anglais. En ce qui concerne la rap américain, par exemple, ils comprennent directement les paroles, contrairement à nous, francophones, qui de temps en temps baragouinons du « franglais ». Quand à l’époque, nous pensions que KRS-ONE scandait« Assassin de la police », eux savaient bien que c’était  « That’s the sound of da police! ». On ne sait parfois pas tout ce que les rappeurs disent à la première écoute, en tout cas, moi j’ai besoin de lire les paroles pour bien comprendre les détails (merci Rap Genius !). Du coup, il y a plus de néerlandophones qui savent rapper en anglais, et on n’entend pas leur accent. Cela s’applique à tous les genres musicaux d’ailleurs… Pour le reste, à Bruxelles en tout cas, je trouve que la jeunesse flamande est beaucoup plus présente dans les concerts de musique alternative que les jeunes francophones.

Tu es professeure sur le côté, est-ce qu’il y a des valeurs dans la musique que tu essayes de faire passer à tes élèves ?

Je sépare bien les deux mondes, je n’assume pas trop que mes élèves soient au courant. J’ai d’ailleurs parfois peur d’en croiser la nuit, ça m’est arrivé et ça m’a complètement bloquée. Ils savent que j’aime la musique, je le dis dès le départ et je l’incorpore parfois à mes cours mais ça s’arrête là. J’adore ce boulot mais si des élèves de l’école apprennent que je suis DJ de rap, ça ne va pas le faire du tout, ils vont penser que je joue le rap commercial qu’ils écoutent.

Vous ne leur faites jamais de commentaires sur leurs choix musicaux ?

Non, j’essaye de ne pas trop les juger, c’est un âge délicat. Moi quand j’étais ado j’écoutais peut-être des choses qui étaient moins bien vues par d’autres. C’est très personnel, des fois on a envie de suivre la mode ou de faire partie du groupe, du moment que ça nous fait du bien. J’essaie néanmoins de les sensibiliser à cette industrie musicale qui les nourrit avec un son qui manque d’«âme». Par contre, je suis plus critique envers les adultes qui me demandent de mixer des choses qui n’ont absolument rien à voir avec ce que je fais. J’aime jouer des artistes qui ne passent pas à la radio 10 fois par jour et j’aime faire découvrir de la musique faite par des gens passionnés et non pas par des businessmen assoiffés d’audience.

D’autres projets de prévus en 2016 ?

Continuer avec mon collectif Supafly ! Continuer ce petit chemin merveilleux de « passeuse » de son.

 

PLAYLIST:

Ultime Indigo — Noza
Lovebites (LTGL Remix) — Kassett / Margo
Roses — A/T/O/S
SlowlyDriftin’   — MoodprintfeatYellowStraps
CruisinComets — Cometeers
Wolf –Losco
Fragma Deus  — Up High Collective
Selecta (MisterTweeks Remix) — MzBratt
Dobbermanwav — Stikstoffeat Romeo Elvis
La Danse De La Pluie —  Le Motel
No use for a name — Monkeyrobot
Douce — Shungu
OeIst? — Brihang
Triste Bahia — Mocambo
Les géants — Casssandre
InmostDepths — Oyster Node
Ca, Et Puis L’Avion — VeenceHanao
Foume ça — Caballero
Muggsy Bogues — Ypsos
Bill Bile (instru) —  Zomb.
Expertise – Eigen Makkelij
Mindbreaks —  Eskondo x JeanJass
Griseville (Prod. Tenkapi)  — L’Or Du Commun
Autour d’un verre (cuts : Deejay Odilon, prod. Dul) — Frades&SiKa featSeriak
Dis-moi d’où tu viens   — CrapulaxfeatMasta Pi, Prezy-H& Fakir (prod de Mambele)
ChildrenOfTheWest — FreddyBracker
Mic Pro — Tar-One
For H.E.R.’sSake — Hurufeat Tonino
Rice! — Turtle Master
Searchin’ — LeftO

Maybe Belgium #13: STR

A quelques pas de la place Flagey, nous retrouvons Sami Tha Ripou alias STR. Pas pour jouer dans un de ses clips non, mais pour se poser au Tigre autour d’une bière et d’un café. L’artiste, travaillant aujourd’hui avec Ronin Records, est calme et décontracté, loin de l’image qu’on peut s’en faire dans ses freestyles pourris. Habituellement acharné sur les layers de son studio, il prend de son temps pour nous, se livre et donne sa vision du monde musical avec beaucoup de lucidité.

Tu as un style assez particulier, assez déjanté, comment définirais-tu ton univers ?

J’ai un univers tordu et bizarre qui est inspiré de la culture des années 90, de mon enfance, de façon plus « LSDifiée » pour parler à tous mes drogués préférés.

Tu as pas mal tourné avec les loups de MAH Records, mais tu as récemment annoncé que tu ne tafferais plus avec eux. Est-ce que tu pourrais expliquer ton choix ? Est-ce que ton style un peu spécifique ne correspond plus à l’image du label ?

Non, ça n’a rien avoir avec ça, c’est plus personnel. C’est-à-dire qu’à la base on a fondé ce truc à trois avec Sham et Yogen, après, sur un an de taf avec MAH Records, j’ai remarqué que j’avais vraiment fourni un maximum d’efforts, je me suis donné à 200%, j’ai fait vraiment beaucoup de clips et tout. Alors qu’eux, ils ne se sont pas donnés à fond. Je me suis dit : « écoute, ça sert à rien de te mettre la pression. Eux, ils ont une autre approche que toi. Ne continue pas à travailler avec eux s’ils préfèrent se la jouer chill.» Moi je suis plus impatient, et ça ne leur correspondait pas donc finalement on a décidé d’arrêter de travailler ensemble.

T’inspires-tu d’autres rappeurs, films ou livres ?

Au niveau rap, mes inspirations c’est surtout mes potes. Donc notamment les gars de MAH Records, comme ça on ne dira pas que j’ai dit du mal d’eux. Parce qu’à force de rapper avec des gens dans la rue, n’importe qui, même des clochards sur la station essence juste à côté, t’apprends plein de trucs et ça ouvre un peu l’esprit à un rap autre que celui qu’on te propose à la télé. C’est ma principale inspiration. Sinon, comme je te disais tantôt, la culture des années 90, de quand j’étais petit. Tout ce qui est jeux vidéos, films, de quand on avait plein de tunes et qu’on pouvait se lâcher et faire n’importe quoi. C’est vraiment ce que je kiffe.

Qu’est-ce que tu penses  de toute cette hype autour du rap belge dans les médias?

J’en parlais l’autre jour avec un pote, et lui il me disait que ça fait longtemps qu’il y a des fausses hypes qui se créent comme ça tous les X temps, à chaque fois qu’il y a un nouveau groupe qui apparaît. Avant il y avait eu ça avec La Smala, puis avec Caballero et Jeanjass, et là maintenant ils parlent de Hamza et Damso. C’est bien, parce que c’est tous des artistes que je kiffe, enfin pas tous mais la nouvelle génération ça va, c’est des délires qui me parlent encore. Je comprends que les gens aiment bien mais je ne comprends pas l’engouement des médias, ils sont là en train de dire « le rap ça se passe bien en France, ça se passe bien en Belgique, les gens commencent à manger » alors qu’en vérité tous les gens qui font du rap, ils se passent rien pour eux. Oui ils font des trucs parce qu’ils donnent sang et sueur pour que les choses se passent, mais ils ne commencent pas à voir des opportunités de faire de vrais concerts, de vrais projets, de vraies collaborations, et vraiment pouvoir vivre de ça. Alors on parle d’eux comme si c’était des gens importants alors qu’il ne se passe rien.

Photo: BVBEL

Que penses-tu du fait que c’est la France qui identifie ce qui passe ou passe pas dans leur sélection ou leur préférence du milieu belge ?

Ça, ça n’existe pas, parce qu’il n’y a pas assez de public en Belgique. Même moi je le constate, j’ai vraiment pas beaucoup de public et je vois que j’ai autant de public en Belgique qu’en France. Alors qu’ici j’essaye de toucher tous les gens que je connais. Mais en France je vois des mecs qui m’envoient des mails et qui kiffent tous les jours, parce que les mecs ils sont comme ça, ils ont été élevés comme ça. Ici la mentalité est pas encore prête pour ça. Aussi, le problème est que, maintenant, ce phénomène là est encore plus présent depuis que Booba commence à avoir la mainmise ici avec Oklm Radio et Oklm en général. Maintenant il dit « tel rappeur belge, je vais le prendre sous mon aile », Damso, Shay, Jones Cruipy ou plein d’autres, c’est bien pour eux mais le problème c’est que Booba, c’est le seul mec qui va prendre cette initiative. Alors qu’il pourrait y avoir plein d’autres mecs en France qui pourraient faire ça, mais on laisse que ce gars-là. Moi je comprends pas pourquoi il n’y a pas Kaaris ou Lacrim qui viendrait et qui dirait « voilà ça c’est mon poulain belge » et au final tout le monde en Belgique pourrait avoir sa place.

Est-ce que tu pourrais nous raconter l’histoire de cette fameuse photo pour Word Magazine ?

C’est un pote, Caramel Dur, il a un tumblr. Il voulait faire des photos un peu chocs, tout sur fond blanc et basé sur les liquides. Il m’a contacté alors que je ne le connaissais pas parce qu’on avait plusieurs potes en commun. Il m’a dit « j’veux faire un truc avec toi, avec un cul de meuf et du lean qui coule dessus ». J’ai fait « Ouais, à l’aise » directement. Je suis venu, la meuf était là, « Bonjour », on a fait la photo, et voilà.

Tu aimes la musique Punk,  est-ce que tu y retrouves quelque chose dans le milieu de la Trap?

Oui, je trouve que la même énergie se dégage des deux musiques, c’est quelque chose qui me parle. Je regarde les concerts de punks auxquels j’allais avant, les gens pogotaient, ils se tapaient, ils se poussaient, sautaient les uns sur les autres et maintenant avec la trap c’est la même chose qui se passe. Et ça c’est ce que je kiffe, je trouve que c’est ça la vocation de ma musique.

Pour financer ton matériel, tu as créé un projet Kisskiss Bank Bank, est-ce que le manque de moyen t’a freiné pour le premier volet de ta mixtape ?

Non, car à l’époque les choses étaient différentes, j’avais un pote qui avait un studio chez lui où je pouvais aller enregistrer tout ce que je voulais. Aujourd’hui ce n’est plus le cas parce qu’il a eu des galères, sans rapport avec la musique, et j’ai dû me débrouiller tout seul. Au début j’avais rencontré un gars qui m’avait proposé d’aller enregistrer chez lui mais il n’était pas assez disponible pour moi. Je me suis dit que ce qu’il me fallait pour travailler à mon rythme, c’était vraiment que je me lance dans mes propres enregistrements. Et c’est pour ça que j’ai financé un studio. Je suis super étonné que ça ait marché d’ailleurs.

Quels étaient les retours sur cette mixtape Wonderland 1 ?

Les gens ont adoré la pochette (rires). Sinon je ne sais pas si beaucoup de gens l’ont écouté. Pour moi les retours les plus intéressants que j’ai eu c’était des retours de potes qui sont ingés son, qui m’ont dit que ça sonnait comme de la merde. Là je me suis dit « il y a un problème, je comprends pas pourquoi tout le monde aime bien ».

Tu as un titre dans cette tape qui est « Dans le décor », il est plus introspectif que les autres, c’est quelque chose dans lequel on n’a pas l’habitude de te voir. Est-ce que c’est des morceaux que tu appréhendes ou apprécies et que tu vas rééditer à l’avenir ?

C’est une énergie que j’ai eu à ce moment-là j’ai voulu faire un morceau sur le décès d’une amie, je voulais à tout prix lui faire un hommage un jour dans ma vie, d’une manière ou d’une autre. Je me suis dit que ce que je voulais dans ma première mixtape c’était exploiter un maximum de thèmes, je voulais faire au moins un morceau conscient qui avait cette espèce de thème « rap français, piano triste, ouin ouin ». Je voulais en faire au moins un pour montrer « vous avez vu les gars, moi aussi je sais faire ça, je vous encule ». C’est pas parce que je suis un rigolo qu’il m’est pas arrivé des couilles dans la vie. Si je ressens l’énergie de refaire un truc comme ça aussi, oui pourquoi pas.

STR avec les femmes, c’est plutôt comme dans Alizée ou c’est un grand romantique ?

T’aimerais bien savoir hein ? (rires) C’est un peu les deux. Mais le morceau Alizée est un morceau de grand romantique (rires). Je t’avoue que ce morceau, je l’ai écrit, j’avais tous les couplets mais je n’avais aucun refrain. Je m’étais dit : « je vais parler de toutes les meufs qui m’ont fait du mal », et après ça a mis vraiment un mois ou deux pour trouver ce refrain qui est vraiment de la merde, qui est juste un mot, parce que je ne voulais viser personne. Voilà, je suis plutôt comme ça, si t’as écouté et que t’as compris, t’as compris.

Il y a un mois tu as balancé un morceau qui s’appelle Lean et que tu n’as pas mis dans ton album. Est-ce que tu te fixes des limites ou te dis parfois que tu vas trop loin ?

Écoute, ma mixtape Wonderland 1 était finie quand on a enregistré encore deux morceaux au stud’ avec Yogen qui s’appelaient Lean et Finish Him. Les deux je les trouvais exceptionnels, on les a vraiment faits en une traite. On les a enregistrés à 1H du mat’, déchirés après une bouteille de rhum, vraiment un délire à la con. Les deux morceaux de dingue et je me suis dit : « le projet est fini, peut-être que là je suis à fond dedans parce qu’on vient de les enregistrer. Je sais pas si ces morceaux sont vraiment bons, je ne sais pas si je peux les incorporer au projet ». Donc j’ai choisi de mettre juste Finish him et Lean je l’ai gardé, je ne devais pas la sortir mais finalement j’ai balancé ce truc pour tripper.

Est-ce qu’il y a des collaborations, tous styles confondus, que tu voudrais faire ? Des artistes particuliers ?

Pleins d’artistes en particuliers, c’est juste que je n’ai pas les moyens. J’aimerais beaucoup faire des collaborations avec des artistes américains que j’écoute qui viennent d’Atlanta. C’est compliqué parce qu’ils en ont rien à foutre, mais ça c’est vraiment le gros truc que j’aimerais bien faire.

Qu’est-ce qu’on peut attendre de toi en 2016 ?

Déjà le 20 février, il y a la compilation 2808 qui va sortir en collaboration avec BVBEL qui a fait toutes les prods et est un pote que je connais depuis très longtemps. On a invité blindé de gens à poser dessus mais c’est vraiment moi qui ai orchestré ce truc, dans le sens où on a tout enregistré avec mon stud’. Ca m’a permis de me familiariser pour apprendre à maîtriser le matos pour sortir mon prochain projet Wonderland 2, qui sortira en août, un an après le premier. J’espère en sortir un tous les ans en août, et en plus de ça faire d’autres trucs.

Photo: BVBEL

Tracklist ID:

Tommy Kruise – Smokin Sippin Drippin

So Pretty – Fucc to tha cash

Cashy Kesh Dolla – Playa Pimpin’

Pouya – Energy

Goth Money Records – Movie

MADEINTYO – I Want (Skr Skr)

Nedarb Nagrom – Die Any Day (feat. J.Trauma)

Curtis Heron & Cat Soup – Descarinate (feat. Bones)

STR – Smoked Out Loced Out Remix

Playboy Carti – Broke Boy

Curtis Williams – Drip (feat. Riff Raff)

littlegirl420 – y they dnt frown emoticon

Maxo Kream – Cell Boomin (feat. Father)

Asap Rocky – Electric Body (feat. Schoolboy Q)

STR – Kiss Kiss Bank Bank

Father – Read Her Lips (STR Remix)

Oh Rare & Myth Syzer – TSB (feat. Jeune LC)

Bones – FunnyToSeeYouHere

Dexter Dukarus – Free my Jack (feat. Lord Narf)

Slug Christ – Walked away inspirational message version

Yung Lean – Damn Gud Shawty

Yung Hurn – Nein

Uzi – Blue

Casisdead – 6PM

Joebillylouis – Escape

Dthclw – Midna

https://soundcloud.com/strbxl
https://www.facebook.com/STR-1566775733568761/?fref=ts
https://www.youtube.com/channel/UC6tnIOjEUrckIJxcMW4l0rQ
https://www.youtube.com/channel/UCU2s804VjLOLnqYvvwp8u8g

Artwork par Sébastien Collet

Maybe Belgium #12: Peter Clinton

C’est au Skatepark du centre ville, lieu qu’il apprécie tout particulièrement, que Peter Clinton nous a donné rendez-vous Dimanche dernier. Le producteur a accepté de se livrer à BeatChronic et voici ce qu’il nous a dit entre deux interruptions du classique « Drari maigrichon avec un peau de pêche venant gratter des feuilles et du feu ».

BeatChronic presents « Maybe Belgium » #12 : Peter Clinton by Beatchronic on Mixcloud

Pourquoi avoir choisi Peter Clinton comme pseudonyme ?

En fait, c’est pas compliqué, ce sont mes deux autres noms. Alors la petite histoire est chouette c’est que ma mère était… bon ça fait un peu baraki de le dire comme ça mais elle était fan de Clint Eastwood. Du coup elle voulait m’appeler Clint et mon père quand il a entendu ça, il a fait « ah non ça ressemble à un cliquetis de verre », tu vois, il fait « non, tu peux faire Clinton au pire ». C’était avant le président et il est arrivé juste 2 ans après donc ça venait même pas de lui.

Comment est-ce que tu résumerais ta musique si tu devais le faire en 3 mots : un artiste, une émotion et une chanson ?

Un artiste, Shungu, une émotion (longue réflexion), je dirais l’émotion elle-même. Et la chanson, c’est compliqué comme question, mais si je devais dire un style de chanson, je dirais le Boom Bap (rires). Une chanson précise, c’est difficile. J’en ai tellement.

Tu as choisi ce lieu pour le skate on l’imagine, mais tu dois avoir pas mal de souvenirs ou un ressenti particulier ici, qu’est-ce qu’il représente pour toi?

Bah ouais, j’ai quand même passé quelques moments ici, en général toujours avec mes amis, on skatait, on faisait un peu de tout, on chillait. C’est aussi un endroit qui regroupe beaucoup de gens de Bruxelles. Parce que je crois que c’est ce qu’il inspire aussi, c’est quelque chose de positif ou tout le monde peut être ensemble malgré sa personne. L’idée me plait bien parce que je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’endroits comme ça à Bruxelles.

Donc tu dirais que c’est ton endroit préféré à Bruxelles ?

Ouais pour chiller en tout cas, peut-être pas pour manger etc mais pour chiller ça me plaît bien, c’est déjà ça.

Justement, en parlant de tes lieux phares, est-ce que tu as un disquaire préféré en Belgique ?

J’ai envie de dire internet (rires). C’est celui qui a de tout. Les vinyles, c’est plus quand mon pote Louis (ShunGu) en achète, je me pose avec lui. Je suis pas encore vraiment au stade où je me fais une collection de vinyles, c’est plus un truc que je ferai quand je n’aurai plus d’autres choses pour chiller. Ou sinon ça ne m’empêche pas de digger quand même (sur internet).

Photo : Romain Scaillet

Photo : Romain Scaillet

Raconte-nous un événement marquant dans ta vie

Avec le temps je tourne ça un peu à la rigolade: en menuiserie, je me suis scié un pouce une fois. J’ai fait une mauvaise manœuvre avec une scie circulaire et mon doigt y est passé. Les médecins ont bien recousu, ils ont refait un pouce avec ce qui restait. Ça me fait tripper mais c’est un peu un gros truc dans ma vie qui m’a marqué. Sinon à part ça, la vie me marque en général (rires).

Depuis quand est-ce que tu produis?

Un peu moins d’un an et demi. (ça ne fait pas bcp plus ?). Non mais pendant presque 3 ans je suis resté posé à côté de ShunGu à l’écouter faire ses beats et donc j’ai envie de dire que mon oreille a aussi beaucoup travaillé.

Et comment tu l’as connu en fait ShunGu ?

(rires). Alors ça! C’était dans notre quartier à Schaerbeek, près d’Helmet. J’étais avec des potes qui avaient été au festival de Dour mais moi j’y avais pas été. Ils m’ont dit : « ouais viens, on va chez un type, il habite à Schaerbeek, il s’appelle Louis » Donc j’y suis allé et il était posé avec son cousin. Seulement j’avais pas directement tilté que c’était lui parce que je savais pas que le mec était métis. Et j’ai cherché Louis pendant quelques temps jusqu’au moment où je me suis mis trop à l’aise et on m’a fait comprendre que c’était lui, c’était drôle (rires).  Après ça, ça a commencé par aller se poser vite fait dans le quartier puis de fil en aiguille, passer à la maison, puis lui il a acheté sa MPC et ainsi de suite. C’est devenu un très bon ami.

C’est donc principalement lui qui t’a poussé vers la prod ?

Ouais voilà, j’étais à un moment ou ça n’allait pas trop, c’était un peu stagnant et il m’a dit « mais qu’est-ce que tu attends » ? Et voilà. Ça m’a défoulé en fait, autant que le skate, j’ai trouvé ça pas mal.

Encore une fois, y a pas de limites. La musique c’est sans limites et pour tout le monde.

Est-ce qu’il y a d’autres choses, d’autres personnes qui t’on poussé la-dedans ?

Ben j’aime beaucoup le groupe Odd Future, et j’avoue qu’ils m’ont bien inspiré. Vraiment je dirais qu’eux et Flying Lotus c’est un peu la musique que j’adule.

À l’écoute de la tape, on sent une très grosse influence beats mais on s’imagine que tu n’écoutes pas que ça. Quels sont les autres genres de sons que tu aimes écouter, sampler, produire?

En samplant, j’écoute un peu de tout et pour le coup j’écoute quand même pas mal de Soul, Funk, j’adore vraiment les samples Soul en tout cas. Parfois je suis dans des trucs un peu trip mais qui donnent bien ensemble, qu’on peut tourner, flipper différemment. Sinon ouais, j’écoute pratiquement que ça et du Jazz. Ce qu’on entend dans mes samples et le style aussi un peu dans le même genre, les KnxwledgeIman Omari et Mndsgn m’inspirent exagérément aussi.

Justement, c’est quoi ton matos/logiciel de prod ?

Je suis sur un logiciel là, Ableton. Sinon je suis sur un simple contrôleur pour l’instant, j’essaye de m’habituer à ça avant de passer à une machine. Je prend le temps, à mon avis ce sera une MPC, reste encore à voir laquelle (rires).

Après un an et demi, tu n’as pas encore l’impression d’avoir fait le tour de ce que tu as?

On en apprend tout le temps et je pense qu’il n’y a pas de limites, il faut pas mettre une limite à l’apprentissage. C’est quelque chose qui ne s’arrête pas et faut le faire chacun à sa vitesse. Moi je le fais et j’espère qu’il y a pas de fin quoi. Non, il y a encore beaucoup de chemin à faire, c’est sur, c’est que le début.

Certains artistes appréciant le Hip Hop font un lien entre le skate et leur musique, est-ce que c’est ton cas ?

J’écoute de tout à la base, mais beaucoup de hip hop c’est vrai et jamais beaucoup d’artistes à la fois, en général, je suis braqué sur les mêmes. C’est peut-être un défaut. Sinon je dirais pas que les deux soient liés. Au contraire, ça m’a permis d’un peu faire quelque chose de nouveau aussi. C’est ce qui était bien aussi.

En parlant de skate, Tony Hawk a scotché tout le monde avec son looping horizontal, qu’est-ce que ça t’a fait de voir ça?

Ouais j’ai vu. Déjà je suis menuisier donc le premier truc que j’ai vu c’est la construction de dingue. Ensuite je me suis dit: « on arrête pas d’innover et pour le coup, c’est pas un jeune mais c’est bien un ancien qu’il l’a fait et il a bien fait ça ». J’avais jamais imaginé ça possible, c’est too much (rires).

https://www.youtube.com/watch?v=rjL95XgSyO8

Est-ce que tu as ou as déjà eu une muse ?

Ma copine déjà, Pauline. Ça fait 6 ans que je suis avec. Du coup c’est vraiment une personne quotidienne qui m’apporte tout ce dont j’ai besoin d’une personne humaine. Je dirais qu’à côté de ça, j’ai encore ShunGu et ses frères qui sont une autre bonne compagnie.

En parlant de ShunGu, on t’associe beaucoup à lui, qu’est-ce que tu en penses et comment tu l’interprètes ?

De toute façon, c’est lui qui m’a appris vraiment. Déjà à utiliser mon oreille, après j’ai appris juste en l’écoutant faire. Il m’a donné en plus de ça des notions du groove et des logiques de batterie etc. Ce que j’aime bien, c’est que dans son apprentissage, il ne m’a pas ancré dans son truc, je veux dire une fois qu’il a vu que j’étais lancé, il m’a laissé vraiment faire mon truc. Et je pense que si on est honnête avec soi-même, en écoutant, on peut quand même distinguer des choses qui sont différentes (entre lui et moi), même si ça ne fait qu’un an et demi que je produis. Mais bon voilà, il y a aussi pleins de choses que je n’ai pas sorties et je parle aussi en fonction de ça. Par exemple, j’ai un EP qui va sortir sur Hot Record Société, c’est Radio Futuro 2 parce qu’on a chillé aussi avec le gars du label cet automne. C’était pas mal, c’est un bon gars. En fait, il m’a proposé gentiment et j’ai pas pu refuser, d’ailleurs je suis flatté. Il y a pas vraiment de deadline, c’est une vingtaine de tracks donc je prend le temps de bien travailler ça. Il y a aussi une cassette qui va sortir sur UKNOWY, un label de Munich sur lequel ShunGu a déjà sorti aussi une track. C’est la cassette n°2 aussi, Pacifics Vol. 2. et c’est soutenu par Acie, un gars de Munich aussi.

Les tracks sont prêtes donc ?

Ouais ouais ouais, pour UKNOWY, c’est emballé, c’est pesé, ça dort et pour Hot Record Société, je dirais que c’est une affaire d’un petit mois pour que ce soit clôturé et envoyé. 

Parmi tes collabs, laquelle as-tu préféré ?

J’ai bien aimé les petites collabs avec Gi Tori parce qu’on était posés et en général on communiquait bien. J’en referais bien à l’occasion, on a toujours remis ça à plus tard mais faut qu’on le fasse parce qu’il y a vraiment un bon rapport entre nous deux, il y a bon un équilibre, on partage le même genre de trips.

Avec qui est-ce que tu rêverais de collaborer ?

Odd Future (rires). Y a pas de limites hein!

C’est qui le meilleur artiste belge du moment pour toi ?

Il y en a un dont on parle peut-être pas encore beaucoup mais c’est Mehbian, c’est un Liégeois, et franchement, il est comme moi, il a pas énormément de matos mais le gars a quelque chose, c’est sur. J’aime bien ce qu’il fait. J’aime bien aussi Fris, un Gantois.

Comment te vois-tu dans 15-50 ans ?

(Longue hésitation). Dans 15-20 ans, j’aurai déjà fait beaucoup de choses, je crois. Dans tous les sens du terme. Je sais même pas dire, à mon avis, j’aurai déjà des enfants (rires)… au Canada ça me plairait bien.

Qu’est-ce que la théorie de la « Black Music » ( les styles Soul, R&B, Funk, Hip Hop,… seraient « réservés » aux noirs ) t’inspire?

Moi je pense que la musique c’est pour tout le monde. C’est pas une question de couleur, c’est avant tout une question de partage. Y a des types en Europe de l’est dans les années 70 qui produisaient des grooves à te faire zooker toute la nuit (accent qui va avec). Ou alors même des Japonnais, y a pas de limites. Encore une fois, y a pas de limites. La musique c’est sans limites et pour tout le monde.

Dans quelles dispositions voudrais-tu que les gens soient quand ils écouteront ton mix ?

Je dirais posés, pour bien capter les informations.

Il y a un message particulier à faire passer dans cette tape ?

Avec des choses simples on peut se faire plaisir.

 

Tracklist ID :

Peter Clinton – Unreleased
GRiMM Doza – Inhale [Prod. Ricky Reasonz & GRiMM Doza]
Peter Clinton – Unreleased
Peter Clinton – Or_nah
Mehbian – Body t’Body
Gi_T0ri – Oooh
ShunGu – Cookiness
Peter Clinton – You on point phife ?
Knxwledge – Haveitall[TWRK]
Noex – The Craft
Mike G & Pyramid Vritra – November (Prod. BigCat)
Devilish Kontra – Kontradiction (Prod EMP)
Psymun & Chester Watson – Dead albatross
Mellowhype – 65/Breakfast
Knxwledge – Trshwng[TWRK]
Peter Clinton – Shame
Iman Omari  I’ll do anything for you
Iman Omari – Go DJ [FLIP]
Peter Clinton – Wrk_it
Peter Clinton – Wish
Peter Clinton – Unreleased
Un asticot – Flocon chaud (Prod. ShunGu)
Peter Clinton – Unreleased
Vince Staples – Super
Kali Uchis – Table for two
Kali Uchis – T.Y.W.I.G.
Un asticot – Mort la vie (Prod. ShunGu)

Toutes les transitions sont réalisées par Peter Clinton

Artwork par Sebastien Collet

Gan Gah, une oasis dans le désert

Issu d’une génération Y de la région du Souss, Gan Gah est probablement l’un des pionniers du courant musical Moroccan Bass, une musique quasiment inexplorée qui voyage entre rythmes maghrébins et musique électronique moderne. Perdu dans le désert dominical de nos tendres ruelles bruxelloises, on a trouvé refuge dans une oasis luxuriante qui n’échappera pas à votre curiosité. Suite à l’annonce de la sortie de son premier Souktronics EP le 28 novembre sur Low Up Records, on a décidé d’envoyer un typhon de lumière sur l’incroyable panel de productions que notre personnage garde en secret dans son studio.

BC: Avant on te connaissait sous le nom de Five’O, explique-nous cette transition vers Gan Gah ?

Gan Gah: Five’O, c’était pour les productions hip-hop. Les gens pensaient que c’était une dénomination que j’utilisais pour dire « flic » mais en fait c’est une référence à un trick de skateboard. Gan Gah, ce n’est pas un changement, c’est un nouveau projet qui n’a plus rien à voir avec le hip-hop. Gan Gah ça reflète mes origines, ça veut dire tambour de gnawa en berbère.

BC: Comment as-tu commencé à faire de la musique ?

Gan Gah: J’ai commencé à faire de la musique dans les rues d’Agadir (région de Souss) avec les carnavals de Gnawa. On construisait des tambours avec du plastique épais mais maniable, quasiment comme celui sur les caisses claires. Aussi, on prenait des grosses boîtes cylindriques du lait de la marque Nido ou sinon des grosses boîtes en aluminium de peinture. Après, on fixait le tout avec des cordes et notre « ganga » homemade était prêt. Du coup, on jouait comme ça dans la rue (il imite des percussions avec sa bouche) avec des chants qu’on connaissait depuis l’enfance, à force d’écouter ça on les a retenus naturellement. Des fois quand on avait pas les moyens, on traînait dans la rue et on reproduisait nos rythmes sur les capots des voitures. On s’amusait comme ça pendant l’enfance. J’avais jamais pris de cours, j’apprenais tout en autodidacte. Puis un jour, mon pote m’a demandé si j’étais chaud d’essayer le logiciel Ableton. Je l’ai installé et puis je me suis amusé un peu à la maison avec mes potes du quartier. J’ai créé énormément de trucs là-bas, mais en même temps je sentais que j’avais besoin de matos plus solide.

Ensuite, j’ai du arrêter la musique pour me consacrer à mes études. Par après, je traînais avec mon ordinateur au Floréo, c’était comme mon QG, c’est ma famille maintenant, c’est comme des vrais frères. Une fois, ils m’ont invité à mixer là-bas, c’était cool. J’ai continué à faire de la musique, j’ai passé un morceau à Crapulax, puis un autre et puis encore un autre. Après on a commencé à sélectionner les morceaux jusqu’à trouver le bon équilibre. Je suis rentré dans le crew Bunker (Crapulax, Lanceflow, Carlsberg Slim et DJ Proceed) en tant que beatmaker. Mais je voulais faire plus que du hip-hop, j’ai essayé la trap mais finalement j’ai jamais été fan de l’esprit commercial dans lequel cette merde est conçue. Mais je comprends quand même la galère de certains musiciens qui finissent par accepter des contrats bidons avec certaines maisons de disques.

BC: D’ailleurs, c’est quoi ton avis sur l’actuelle commercialisation de la musique ?

Gan Gah: Avec la découverte de Low Up et Pelican Fly, mes idées ont beaucoup changé. J’aime bien leur musique, c’est très underground. J’aime beaucoup leur manière de penser. Le label Low Up a une philosophie à laquelle il se tient complètement. L’important c’est pas la thune, c’est la musique. La thune elle vient après. C’est facile de se faire de la thune. Tu peux travailler et avoir blindé de thunes, c’est ce que je me suis dit.

 

IMG_3187

Photo: Julien Vanden Bussche

BC: Comment la connexion s’est faite avec Low Up Records?

Gan Gah: La première fois que j’ai vu le nom Low Up c’était sur un sticker que j’ai vu à Saint-Gilles. Puis j’ai fait la connaissance de Max Le Daron. En fait, on s’est connus via un pote, Marvy Le Pimp. Et après on a gardé contact Max et moi. Je l’ai invité une fois à une soirée au Zebra Bar pour mixer. Par après, il est venu me proposer un projet pour Joey Le Soldat. C’est un rappeur qui a participé à la révolution au Burkina Faso. C’est un bon gars, il a un bon fond même si je ne l’ai jamais vu je fais entièrement confiance à Max. En fait, on bosse sur un projet qui va s’appeler JoMaGa; Joey, Max et Gan Gah. Du coup, le projet consiste en un trio avec lequel on s’imagine jouer en live pour des festivals. Ça devrait sortir en 2016, c’est déjà enregistré mais on doit encore se pencher sur l’arrangement et tout ça. C’est un projet avec le label de Benjamin Lebrave, Akwaaba Music, tout a été enregistré là-bas. A part ça,  j’ai pu faire la connaissance de DJ Mellow lors d’une soirée Low Up où il m’a motivé à produire encore plus de musique. Depuis cette rencontre, je n’ai pas arrêté de composer. J’ai déjà 30 à 40 tracks de prêtes pour les sortir sur Low Up.

BC: Parle-nous un peu de ton premier Souktronics EP que tu sors sur Low Up Records le 28 novembre ?

Gan Gah: L’idée de l’EP, c’est surtout de montrer aux gens ce que je fais comme musique. Ça fait longtemps que je travaille là-dessus et c’est aussi un engagement envers Low Up. C’est un EP qui se colle à la philosophie de LowUp mais avec une nouvelle « touch » propre à ma personne. C’est aussi pour prouver qu’il y a de la musique électronique arabe qui peut percer.

a3551438563_10

Tim Colmant

Sur le morceau Eywa, je me suis inspiré de la jersey. J’ai vu qu’au niveau BPM ça collait très bien avec la musique égyptienne et marocaine. Alors je me suis dis, « Ah mais pourquoi je ne mélangerais pas les deux? ». J’ai tenté de jouer le violon, sampler quelques trucs tout en les mélangeant avec des voix arabes. J’aime beaucoup créer ce qui est différent, c’est un défi pour moi. Pour le moment c’est la musique très groove qui me plait, les sons qui font danser tu vois ?

Kasbah, c’est l’époque où j’écoutais Tchaikovsky. Je respecte tellement ce type là. Ce genre de compositeur planqué au fin fond du monde en Russie en train de composer cette musique par écrit.

The Snake Dance, c’est un mélange de kuduro avec du UK. A un moment dans le morceau, j’ai cassé la rythmique avec un peu de trap on va dire. Je me suis dit pourquoi pas, ça pourrait vraiment bien donner. Comme quoi, j’aime quand même bien la trap même si j’ai jamais réussi à produire une track dont je serais fier. Mais en tout cas, le passage sur ce morceau passe bien. C’est le morceau club par excellence de l’EP.

Au niveau des arrangements j’ai travaillé avec DJ Mellow et Max Le Daron qui m’ont beaucoup aidé. Et pour le mastering, c’est l’anglais Almost qui a déjà fait du très bon taf pour les autres sorties de Low Up.

BC: Concernant les nouvelles technologies de mixage et de mastering comme Landr, est-ce que tu te verrais utiliser ce genre d’outil à l’avenir ?

Gan Gah: Non jamais, il faut toujours avoir une touche humaine selon moi. Un être humain est irremplaçable avec une machine quand il s’agit d’enregistrer ce type de musique. Tu peux programmer avec tout ce que tu veux mais il faut avoir l’erreur d’une milliseconde. Parce que le kick que je vais jouer sur cette séquence, je ne vais pas le jouer de la même manière sur l’autre séquence tu vois?

BC: Mis à part la musique, tu fais quoi pour pouvoir vivre tous les jours?

Gan Gah: Pour l’instant je ne travaille plus, j’ai beaucoup travaillé dans l’horeca. À un moment, il faut arrêter parce que c’est un monde à deux balles, trop d’alcool et tout. Mais je veux continuer des études après. Pour l’instant je mixe par-ci par-là et je vends mes morceaux.

 C’est grâce à ma femme en fait. J’étais très dispersé, je ne faisais que mixer, je ne composais pas et j’étais dans la déglingue. Depuis que je suis avec elle, je trace mon avenir.

BC: Est-ce que tu te vois entièrement vivre de la musique ?

Gan Gah: Je me projette, c’est pas difficile. Mais à un moment donné, il faut quand même travailler. J’ai pas envie de me retrouver comme DJ dans 30 ans, je vais apprendre le clavier et je vais me retrouver avec un jazz band puis surement apprendre le saxophone (dit-il en touchant le saxophone dans son studio).

BC: Est-ce que c’est facile de vivre de la musique en Belgique selon toi ?

Gan Gah: Non c’est pas facile. Regarde, tu t’achètes du matos de malade mental et t’as des bêtes rappeurs qui ne respectent pas le travail du beatmaker. Une fois, je me suis salement embrouillé avec un de ceux-là. Il m’a dit: « Passe moi 3 morceaux s’il te plait ». Ce gars a cru que j’avais besoin de faire de la promo pour ma musique, comme si j’étais une machine. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai arrêté de travailler avec n’importe qui et que je taffe qu’avec Bunker maintenant.

BC: Qu’est-ce que tu penses de cette nouvelle tendance de la bass music à se diriger vers des samples plus ethniques ?

Gan Gah: En fait Dengue Dengue Dengue par exemple, c’est des gens qui utilisent leur musique locale. Je vais pas être méchant avec Clap! Clap!, c’est bien ce qu’il fait, y a certains morceaux qui tuent mais y a beaucoup de samples qu’il ne transforme pas, il ne compose pas totalement au final, c’est très brut. Idéalement, il faudrait que les musiciens européens essayent de comprendre les rythmes des locaux. La facilité avec Ableton c’est que tu peux quantizer et tout mais ça ne marche pas comme ça, il faut vivre un peu avec le truc, là tu vas apprendre beaucoup de choses. Moi, je viens de là-bas alors je repère les erreurs plus facilement. Je ne vais pas dire que je suis parfait, moi aussi je fais des erreurs dans certaines compositions. Sauf qu’il y a ce manque de compréhension du rythme, il faut essayer de le jouer, il ne suffit pas d’avoir un ordi et d’avoir un logiciel. Il faut vraiment comprendre le truc, c’est ça l’erreur qui est répandue actuellement.

 

Photo: Julien Van Den Bussche

Photo: Julien Vanden Bussche

BC: Et toi, comment procèdes-tu dans tes compositions musicales ?

Gan Gah: Moi j’essaye de tout composer. C’est comme un compositeur blédard tu vois, il va prendre un clavier, il va chercher un rythme, il va tout faire de A à Z. Comme sur ce morceau là en fait (démonstration d’un rythme de moroccan bass). Je prends des loops de drumlines sur des forums, ça me facilite la tâche et puis après je les décompose et les rejoue à ma propre sauce. À l’avenir, j’aimerais retourner au Maroc et travailler avec des artistes de là-bas. J’ai envie de faire de la musique qui pourrait trouver un compromis entre les marocains et les européens.

BC: Qu’est-ce qui t’as motivé à produire de la musique ?

Gan Gah: C’est grâce à ma femme en fait. J’étais très dispersé, je ne faisais que mixer, je ne composais pas et j’étais dans la déglingue. Depuis que je suis avec elle, je trace mon avenir. Avant d’arriver à faire de la bass music, il m’a fallu 1 an de réflexion. Je produisais des trucs, genre des remixes future bass de Michael Jackson un peu trappy comme ça. J’ai jamais rien sorti de ça en fait, je ne sais pas pourquoi mais je ne le sentais pas trop je pense. C’est avec ma femme qu’on teste ma musique. Quand je finis un morceau, on danse ici dans le studio pour valider le son.

BC: Qu’est-ce que tu penses de la nouvelle ère du téléchargement et du streaming musical?

Gan Gah: Dernièrement, Red Bull Elektropedia a balancé une de mes tracks en exclusivité. Au final, ils ont eu un problème de copyright avec Itunes. C’est vraiment une connerie à deux balles, leur mère avec SoundCloud et toutes ces conneries. Pour moi, la musique doit être créée pour tout le monde. Le prix que tu vas payer pour un morceau, ça ne va pas enrichir les artistes. C’est jouer dans des clubs qui va t’enrichir, c’est faire des tournées. Les gens ont besoin d’écouter de la musique, on créé pour partager. Les rappeurs des années 90 en avaient rien à foutre que leurs albums se vendent ou pas, ils voulaient juste partager leur art. La musique que je fais là, c’est comme ce qu’il s’est passé avec la transition de la funk au hip-hop. Moi je crée de la moroccan bass, à travers la musique populaire qu’on joue dans les mariages marocains. A chaque mariage, t’as plein de marakchia, des gars qui font des percussions, mais aussi de la nira, une sorte de cuivre.

Avant tout, je m’inspire de moi-même, je regarde ce qu’ont fait mes ancêtres, je ne vais pas très loin.

BC: Quelle est la scène musicale que tu suis le plus en ce moment ?

Gan Gah: Ce que j’écoute beaucoup en ce moment c’est la Durban House d’Afrique du Sud. Le crew Ghetto Boyz avec DJ Mujava et tout. Sinon hier, j’ai fait une track que je kiffe trop (intermède où on écoute sa track). Tu vois ça, c’est encore autre chose, ça vient du Portugal. Là-bas ils ont aussi développé un côté underground grâce à des gars comme DJ Nigga Fox ou encore DJ Firmeza. Je les connais pas bien, mais j’aime bien leur musique. En fait, j’ai remarqué que cette musique se rapproche beaucoup des percussions qu’on joue au Maroc. Chez les marocains, il y a beaucoup d’instruments, dans le reste de l’Afrique, les instruments sont construits d’une manière différente. Mais au niveau du groove, le swing reste très similaire.

BC: Qui t’a fortement marqué en Belgique pour le moment ?

Gan Gah: Avant tout, je m’inspire de moi-même, je regarde ce qu’ont fait mes ancêtres, je ne vais pas très loin. J’écoute tu vois. J’ai écouté Richelle, le dernier mix que Pelican Fly a publié. Mais aussi DJ Mellow parce qu’il a un groove de fou. Avec très peu d’éléments, il parvient à composer un morceau bien complet. C’est rare de rencontrer un gars pareil, il est très intelligent. Toute la clique de Low Up aussi, Max je kiffe bien ses mélodies, il a un côté très original. Dave Luxe aussi j’aime bien, il a un bon succès. Il fallait qu’il voyage, qu’il change de pays. Pendant la soirée de son départ, j’avais mixé avec lui au Floréo et il m’avait dit « Putain, maintenant que je sens que je suis entouré de bons potes, je vais bouger au Canada ». Et je lui ai dit : « Mec vas-y, change de pays, tu vas voir tu vas te mettre bien, tout va bien. Moi si j’ai quitté le Maroc c’était pour changer tout, recommencer un nouveau truc ».

BC: Où-est ce que tu aimerais vivre prochainement ?

Gan Gah: Maintenant je pense à m’expatrier soit au Maroc soit en Norvège. Mon meilleur pote Moe Chakiri est photographe dans le crew norvégien Mutual Intentions. On se connaissait du bled, c’est un marocain qui est né en Norvège. Selon moi, ils ont plus de respect pour la scène musicale, ils valorisent tout ce qui est artistique, ils donnent de l’importance à tout ce qui peut se faire de bon.

BC: Il est certain que les pays scandinaves ont une mesure d’avance sur nous. Parlons un peu de ton expérience en tant que Marocain en Belgique. Comment ça s’est passé? Quelles difficultés as-tu rencontré?

Gan Gah: Moi je trouve ça très facile mec! Le seul problème que l’on rencontre au début, c’est l’intégration sociale. Bruxelles c’est comme une pyramide, il suffit de connaître une seule personne pour pouvoir en rencontrer plein d’autres. Tu sais, en économie politique et sociale on a développé ce concept d’individualisme, on a créé une indépendance à tout le monde. T’as pas de boulot, t’as quand même le chômage et une maison. Moi je suis contre cette idée de ne pas travailler. Mais je comprends quand même certaines personnes qui veulent profiter de l’Etat. Car quand tu travailles on te taxe blindé et quand tu ne travailles pas on te taxe moins (rires). Il ne faut surtout pas être timide. Moi je ne suis pas comme ça, je suis né dans un endroit populaire. Même si je ne connais pas la personne avec qui je parle, je suis toujours prêt à aider mon prochain. Si il a besoin de manger ou de boire, je vais lui donner à manger et à boire si il toque à ma porte. Au Maroc, je laisse ma porte ouverte et je peux être sûr que personne ne va rentrer chez moi. Je suis né dans cette dynamique, du coup je peux dormir chez les voisins et les voisins peuvent dormir chez moi, tranquille quoi.

Le principal obstacle à l’intégration c’est la connaissance de l’autre. À force de fréquenter de nouvelles personnes, tu commences à améliorer ton vocabulaire et tu t’exprimes mieux en français. Il faut toujours faire en sorte que tout se passe bien, qu’il n y ait que de la bonne énergie. Il ne faut jamais parler de tes problèmes aux gens parce que ceux-ci s’intéressent qu’aux bonnes nouvelles. Sauf tes vrais potes, tu peux leur en parler et ils vont t’aider à les résoudre. Mais si tu commences à raconter ça à quelqu’un que tu viens de rencontrer, ça sert à rien, ils ont déjà leurs problèmes à régler. C’est comme moi, j’ai aussi envie de faire assistant social, j’ai déjà des problèmes à résoudre mais je vais quand même me prendre la tête à résoudre les problèmes d’autres personnes (rires).

 

La release party pour le Souktronics EP se passera le samedi 28 novembre au Beursschouwburg. Venez faire la fête avec nous, ça risque d’être mémorable ! On vous a d’ailleurs réservé une petite surprise à ce sujet.

 

On a refait le monde avec Soul’Art.

On les a découverts il y a un an avec le clip de Love & Politics, il y a un mois le groupe sortait son premier projet : une tape intitulée Soul Park.

Aux origines on les appelait « les soulards »,  en référence à leur appétit pour les breuvages alcoolisés. Ils sont devenus Soul’Art : un mélange de mauvaises habitudes pour le foie et d’un goût particulier pour un art sorti tout droit de leur âme. Dans le paysage musical belge on compte peu, voir aucun groupe, qui s’aventure vers le bilinguisme. Soul’Art va plus loin: il joue le jeu du trilinguisme (anglais/français/néerlandais). Le mélange est osé et le résultat est à la hauteur du pari. 

Read More

Lexis : les trésors du vieux continent

Ce soir, Lexis, fondateur de Music Is My Sanctuary, s’apprête à dévoiler ses nouvelles perles de digger aux Montréalais. En réalité, il sera quatre heures du matin à Bruxelles quand le DJ canadien pulvérisera le bar à vinyle Le Bleury de ses pépites dénichées il y a peu. Ces découvertes lui viennent de sa tournée européenne récemment achevée. A moins de faire affréter un jet privé ultra rapide, il nous sera impossible d’assister à cet événement. Rassurez-vous, nous avons de quoi vous consoler. En effet, fort de ce constat, Lexis a eu un élan d’altruisme et a accepté de partager avec nous une sélection des 5 meilleurs disques qu’il a dénichés.  C’est avec plaisir que nous les diffusons pour vous :

 1. Jazzfairlap ’79 – Easy Living (1979, Jugotron)

« Je suis un gros fan du Jazz de l’Europe de l’Est. En fait, je trouve ça très fascinant de penser à la manière dont les musiciens dans des pays communistes comme la Yougoslavie se sont débrouillés pour accéder à des disques de jazz américain et ensuite développer leurs propres sons jazz-funk-fusion. Ma collection des disques d’ex-Yougoslavie se complète progressivement mais celui-la me manquait. Surtout pour Nostalgia qui est, je trouve, une super track de spiritual jazz « .

12050619_10156108893355331_1573275006_o

Photo : Lexis

2. Chaos in the CBD – Midnight in Peckham (Rhythm Section)

«  Rhythm Section est pour moi le meilleur  label de musique électronique en 2015. Chaos in the CBD est un EP qui fonctionne aussi bien sur un dancefloor que dans un mode écoute posé à la maison, ce qui est rare pour la house music. En plus je l’ai acheté directement auprès d’eux lors d’une soirée à Peckham (Londres), à laquelle je jouais, au Bussey Building plus précisément « .

https://www.youtube.com/watch?v=NTMjdbZSXpo

3. Oh Kalkuta (1971)

« J’ai trouvé celui-ci dans un magasin très random à Belgrade en Serbie. C’est la musique d’une pièce de théâtre érotique avec du spoken word en Serbe au début et une chanson absolument incroyable qui sera d’ailleurs sur mon prochain show MIMS  »

12062748_10156108893220331_1680765074_o

Photo : Lexis

4. Bemibem – Bemowe Frazy (1974, Polskie Nagrania)

 » J’ai découvert ce disque en Pologne. Je le trouve tout simplement énorme! C’est chanté en Polonais mais musicalement, on croirait que c’est tout droit sorti du Brésil. J’ai vraiment hâte de le jouer dans une soirée brésilienne et de voir la tête des gens qui seront surement bien surpris… Encore une fois, c’est vraiment fou d’imaginer qu’en 1974, des polonais ont fait ce disque, compte tenu de l’accès certainement limité à ce qui se passait à Rio ».

5. Third Eye – Czecholovakian Vaults (Cosmic Sounds)

 » Le hip-hop kid en moi aime toujours découvrir la source de certains samples qui ont été utilisés. Sur ce disque de musique tchèque, j’ai découvert Sea of Peace de Mahagon (1977) qui est en fait le sample derrière la track “3 point” de Alaclair Ensemble! Cette track sera aussi présente sur mon prochain show MIMS   »

12041259_10156108893250331_662493473_o

Photo : Lexis

Avec tout ça, on est très pressés d’écouter le prochain show de MIMS. D’ailleurs il est temps d’expliquer clairement ce que signifie cet acronyme : Music Is My Sanctuary. Sous ce nom plus qu’accrocheur, se cachent un webzine et une radio web qui promeuvent les « trésors oubliés et les futurs classiques » de la musique. Inutile de préciser que la diversité est un des mots d’ordre pour les quelques 20 rédacteurs de MIMS.